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L’Aquarius a accosté… et après ?

L’Aquarius a accosté… et après ?

19-06-2018 à 21:20:00

SE FORGER SA PROPRE OPINION

 

 

Nous sommes le samedi 9 juin, il est 20h30 et l’Aquarius vient d’arriver au large de la côte libyenne. Ce bateau, ancien garde-côte allemand, affrété par les ONG SOS-Méditerranée et Médecins sans frontières est en mission : quelques jours auparavant, deux embarcations en détresse ont été signalées à 50 miles marins de la Libye. Plusieurs centaines de personnes ont été retrouvées, entassées dans des embarcations de fortune, sans le moindre gilet de sauvetage et à la dérive depuis plus de vingt-quatre heures.

 

Les jours suivants, en quête d’un port d’accueil, le navire essuie le refus des gouvernements maltais et italien d’accoster. Les médias s’emparent alors de l’affaire et le scandale éclate sur la scène internationale, chacun s’indignant de la réaction de l’Italie. Une indignation qui n’est pourtant pas relayée par les ONG impliquées, se refusant à critiquer le pays qui, pendant longtemps, s’est retrouvé à gérer seul les flux de migrants, sans réel appui de l’Union européenne.

Le tout nouveau gouvernement espagnol, mené par le socialiste Pedro Sanchez, s’est alors proposé pour accueillir l’Aquarius. À partir de ce moment-là, les jeux politiciens se sont mis en place…

Emmanuel Macron a, lui aussi, proposé d’accueillir des migrants, tout en essayant de couper court aux critiques de l’extrême droite  française : il a insisté sur le respect des critères du droit d’asile pour qui veut être accueilli en France.

En Allemagne, l’alliance CDU-CSU des conservateurs au pouvoir s’est vue fragilisée par les divergences d’opinions entre la chancelière Angela Merkel et son ministre de l’Intérieur Horst Seehofer sur les questions migratoires.

Finalement, les six cent vingt-neuf personnes sauvées par l’Aquarius sont arrivées à Valence et bénéficient d’un titre de séjour exceptionnel de quarante-cinq jours sur le sol espagnol. Les autorités régionales et nationales se sont enorgueillies d’avoir eu le beau rôle dans cette sombre affaire ; malgré tout, la situation reste précaire. Une fois ces quarante-cinq jours passés, qu’adviendra-t-il des passagers de l’Aquarius ?

La plupart de ces demandeurs d’asile seront déboutés (seulement 2 % des demandes sont acceptées en moyenne, selon le journal Libération) et finiront par rejoindre un centre d’internement pour étrangers dont la triste réputation n’est plus à faire.

Au-delà du tapage médiatique, chaque citoyen doit faire la part des choses entre les coups d’éclat médiatique et la dure réalité que vivent les migrants. Les rescapés de l’Aquarius sont arrivés à bon port, certes, mais après, que va-t-il advenir d’eux ?

En avril 2016, l’Aquarius avait accosté à Marseille, affrété par ces deux mêmes ONG ; aujourd’hui, c’est en Espagne et les questions que posent ces ONG, qui sont allées sauver la vie de migrants en perdition, demeurent. Comment réagir lorsque ce genre de situation se représentera ? Doit-on accueillir les migrants en perdition au risque d’encourager fatalement les passeurs à continuer leurs trafics ? Peut-on seulement « choisir » de les laisser à leur sort ? Il y a une vraie réflexion à avoir entre le devoir de sauver des vies et celui de lutter contre les réseaux de passeurs.

Maximilien de Boussiers

Actuailes n° 87 – 20 juin 2018




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