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Quelles suites pour l’affaire Khashoggi ?

Quelles suites pour l’affaire Khashoggi ?

14-11-2018 à 06:54:00

Pendant trois semaines, l’affaire Khashoggi a fait la « une » des journaux. Après avoir nié toute implication, la capitale de l’Arabie saoudite, Riyad, a reconnu celle de certaines personnalités saoudiennes dans ce meurtre prémédité. Depuis... presque plus rien. Le silence qui drape l’affaire Khashoggi aujourd’hui est assourdissant. Et pour cause…

Ce silence arrange bien les États occidentaux. Ils ne veulent pas fragiliser un allié régional contre l’Iran, un pourvoyeur incontournable de pétrole et un formidable marché d’armement. En représailles de ce meurtre horrible2, les capitales occidentales ont massi-vement boycotté (ont refusé d’y participer) le forum économique de Ryad les 23-25 oc-tobre… sans pour autant aller plus loin. Le geste était fort, dira-t-on ? Affaire classée !

Ankara, la capitale de la Turquie, quant à elle, pourrait bien estimer avoir atteint ses objectifs. Début octobre, les relations Ankara-Washington étaient tendues. Le président turc Erdogan a joué un rôle actif pour faire connaître la vérité sur l’affaire. Or, Khashoggi avait la nationalité américaine. Ceci a donc permis d’apaiser les tensions entre les deux capitales. (La dignité dans laquelle s’est drapé Erdogan pour cette affaire est d’autant plus cocasse que les prisons turques sont pleines de journalistes…) Par ailleurs, la situation économique turque n’est pas bonne. En dévoilant au compte-gouttes les informations qu’il détient sur le meurtre de Khashoggi, sans pour autant incriminer3 les plus hautes autorités saoudiennes, Erdogan pourrait bien avoir reçu une aide financière saoudienne. En bref, bénéfices politique, économique et diplomatique = affaire classée !

Aucune capitale ayant à traiter de près ou de loin avec Riyad ne souhaite causer la destitution du prince héritier d’Arabie, Mohammed ben Salmane (MBS). MBS est l’homme fort de l’Arabie. Après son ascension au pouvoir en 2017, il a purgé le gouvernement de tout opposant et s’est entouré de « fidèles ». Porter atteinte à MBS reviendrait à perdre l’espoir de nouveaux contrats économiques… Aussi, tous les États ont pris soin de ne pas incriminer MBS alors que sa responsabilité dans l’affaire Khashoggi paraît évidente. Finalement, le roi Salmane a confirmé, le 22 octobre, le maintien au pouvoir de son « fils préféré ». Affaire classée !

Affaire classée ? Et pourtant : corps toujours pas retrouvé (et pour cause !), réels coupables vraisemblablement encore en liberté. Mais que voulez-vous ? Les affaires sont les affaires : affaire classée ! 

1. L’origine de cette affaire Khashoggi a été expliquée dans le dernier numéro d’Actuailes.
2. Le corps de Khashoggi aurait été découpé et dissous chimiquement (ce qui expliquerait l’absence de corps).
3. Désigner comme coupable.

 

Abu Nuwas

Actuailes n° 91 – 14 novembre 2018

 

 




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