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Quel avenir pour les Gilets jaunes ?

Quel avenir pour les Gilets jaunes ?

11-12-2018 à 21:46:57

Depuis le 17 novembre, un vent de révolte souffle sur la France. Le samedi 8 décembre 
aura finalement été plus calme que prévu. Mais la colère va-t-elle vraiment retomber ?

Les raisons de la colère

Comme nous l’expliquions dans notre dernier numéro, c’est l’augmentation des taxes sur le diesel qui a mis le feu aux poudres. Mais la colère qui s’exprime est plus profonde. Une bonne part des Français, souvent modestes et habitant à la campagne, ont le sentiment d’être abandonnés et méprisés par les hommes politiques. Le mouvement des Gilets jaunes est très populaire, plus de 70 % des Français l’approuvant. À travers la France, ce sont plusieurs centaines de ronds-points, péages ou entrées de villes qui sont occupés par des Gilets jaunes de tous âges.

Des manifestations sous tension

Les Gilets jaunes travaillant pour la plupart durant la semaine, la mobilisation est plus forte le samedi. Mais samedi 1er décembre, les violences ont augmenté d’un cran. À Paris, l’Arc de Triomphe a été saccagé. Les policiers et gendarmes furent parfois débordés. De nombreux voyous s’étaient mêlés aux Gilets jaunes pour voler et casser. En province, des manifestations ont dégénéré, comme au Puy-en-Velay où la préfecture a été incendiée. Pendant ce temps, la réponse du gouvernement peinait à convaincre, même si l’annonce du gel des hausses de taxes était bien accueillie.

L’inconnue du 8 décembre

Samedi 8 décembre, les Gilets jaunes avaient appelé à se rassembler une nouvelle fois. Au vu de la violence observée la semaine précédente, on pouvait craindre le pire, à commencer par des morts. Paris était en état de siège, avec des milliers de policiers déployés. Les gendarmes disposaient même de véhicules blindés et d’hélicoptères. De nombreux commerçants avaient baissé leur rideau, donnant à notre capitale un aspect de ville morte. Finalement, la violence a été contenue, même si des pillards en ont profité pour voler des magasins. Venant de banlieue, ils n’ont rien à voir avec les Gilets jaunes. En province, des incidents violents ont éclaté à Marseille, Avignon, Toulouse ou encore Bordeaux.

Quelle suite ?

Au début, les ministres ont semblé ne pas comprendre la colère qui s’exprimait. Certains se sont montrés méprisants, voire insultants ou tout simplement maladroits. Mais le ton a évolué. Le Premier ministre a annoncé des mesures favorables aux revendications des Gilets jaunes. Le président, au début très absent, s’est adressé aux Français ce lundi 10 décembre, à la télévision. Il a annoncé un certain nombre de mesures en réponse à la colère des Gilets jaunes :
– Augmentation du SMIC (salaire minimum en France) de cent euros par mois.
– Pas de hausse d’impôts pour les retraités modestes.
– Heures supplémentaires réalisées par les employés exonérées d’impôts.
– Prime de fin d’année dans les entreprises qui le peuvent.

À première vue, ces annonces ne semblent pas à la hauteur de la colère des Français modestes qui expriment un ras-le-bol qui va beaucoup plus loin que ces réponses. Tant que le gouvernement ne fera pas l’effort de comprendre les racines du problème, le mouvement des Gilets jaunes semble amené à perdurer. Il pourrait même devenir difficilement contrôlable. Au-delà des effets économiques négatifs, la poursuite du mouvement pourrait s’accompagner d’une hausse des violences, chez certains Gilets jaunes qui ont le sentiment de ne pas être écoutés. Le répit inespéré donné par la baisse de violence du 8 décembre ne doit pas être gâché. Cependant, les manifestations du samedi 15 décembre s’annoncent encore tendues, voire explosives dans certaines villes.

Les semaines à venir seront donc déterminantes. Mais il faudra toutefois beaucoup de temps et d’efforts aux hommes politiques pour retrouver la confiance de ces Français qui ont laissé exploser leur colère.

 

Julien Magne

 

Actuailes n° 93 – 12 décembre 2018


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