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Sainte-Sophie transformée en mosquée

Sainte-Sophie transformée en mosquée

14-10-2020 à 05:40:19

Le 10 juillet dernier, le président turc Erdogan annonçait la transformation de la basilique Sainte-Sophie, alors un musée, en mosquée. Une première prière a eu lieu dans la désormais mosquée Aya Sofia. Tout un symbole.

Malheur aux vaincus

La basilique Sainte-Sophie est construite en 537 à Constantinople sous le règne de Justinien, empereur romain d’Orient. Pendant près de dix siècles, elle est l’un des monuments phares de la chrétienté en Orient, aux côtés du Saint-Sépulcre à Jérusalem et de la basilique de la Nativité à Bethléem. Or, les Turcs prennent Constantinople en 1453 et avec elle Sainte-Sophie. Usant du droit de la conquête – le droit du plus fort – ils transforment l’édifice en mosquée : la croix qui surplombe le dôme est retirée ; des panneaux portant l’inscription d’Allah et du prophète Mahomet sont dressés à l’intérieur devant les icônes byzantines.

Ce n’est qu’en 1934, après la chute de l’Empire ottoman, que Mustapha Kemal Atatürk, président du jeune État, « offre Sainte-Sophie à l’humanité » en la transformant en musée, symbole de la Turquie laïque. C’est aussi un geste de rapprochement à l’égard de la Grèce et des chrétiens orientaux, après le génocide arménien et l’expulsion des orthodoxes hellénophones d’Anatolie (voir ci-dessous). Au grand dam des musulmans conservateurs qui ne cessent de protester. Dans une volte-face étonnante, le président turc Erdogan se range à leurs côtés et décide le 10 juillet dernier de rendre l’édifice au culte musulman, dans la foulée d’une décision de justice révoquant son statut de musée.

Une posture politique nationaliste

Pourquoi cette décision soudaine ? Alors que sa base électorale est affectée par la crise économique et que sa formation politique se divise, le président turc affaibli cherche à galvaniser son électorat en caressant sa fibre nationaliste. La réislamisation de Sainte-Sophie est un symbole fort qui permet de s’allier les Turcs nationalistes et conservateurs qui constituent son socle électoral. Pour ceux-ci, la nation turque est indissociable de l’islam et muséifier des mosquées revient à les « déturquiser ».

C’est aussi une affirmation de la Turquie sur la scène internationale, capable d’assumer une politique de puissance en Méditerranée orientale et de défier les Occidentaux. Quant à la petite minorité chrétienne du pays, syriaque ou orthodoxe, c’est une preuve de plus de son exclusion de la nation turque – une situation difficile pour les chrétiens déjà en proie à de nombreuses discriminations dans ce pays où l’islam est majoritaire. Le pape François s’est dit « très affligé » par la conversion de Sainte-Sophie en mosquée.

D’avril 1915 à juillet 1916, le parti des Jeunes-Turcs au pouvoir à Constantinople lancent une politique d’extermination massive des Arméniens, chrétiens, sur le territoire de la Turquie actuelle. 1 200 000 Arméniens périssent du fait de déportations, famines et massacres organisés. À la suite de
la guerre gréco-turque (
1919-1922), le traité de Lausanne met en place un échange de populations entre la Grèce et la Turquie, 1 500 000 chrétiens d’Anatolie sont chassés et doivent gagner la Grèce ; 500 000 musulmans de Macédoine rejoignent la Turquie. C’est la « Grande Catastrophe ».

 

Nour

Actuailes n°121 - 14 octobre 2020


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