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La vie est belle

La vie est belle

08-02-2022 à 17:48:00

Ne soyons pas chauvins, le cinéma italien n’a rien à nous envier ! Impossible de le cataloguer, tant il est riche et varié. À la pointe des néoréalistes des Trente Glorieuses, puis inventeurs du western spaghetti, les films italiens sont souvent imprégnés de la Commedia dell’arte1 avec un seul mot d’ordre : rions de tout et toujours !

 

Guido (Roberto Benigni) est un serveur facétieux dans le luxueux hôtel toscan de son oncle ; il tombe éperdument amoureux de Dora, jeune femme de bonne famille, sur le point de se fiancer avec un dignitaire local. Nous sommes en 1939, et l’Italie fasciste en plein essor nous est présentée dans un décor de rêve, comme un conte de fées où tout est pailleté, et aussi un peu ridicule par sa fascination pour le Duce. Cinq ans plus tard, changement brutal d’ambiance. Guido et son fils Josuè sont déportés dans un camp allemand où le père n’aura de cesse, jusqu’au bout, de protéger, par sa fantaisie, son imagination, son courage et son humour, son fils chéri de l’horreur du monde. Il lui fait croire qu’ils sont inscrits à un grand jeu très prisé et difficile, où celui qui cumulera 1 000 points gagnera un char d’assaut. Si Josuè est parfois perplexe, le spectateur, lui, est ému aux larmes tout en gardant un sourire de tendresse pour ce personnage si amusant, ce pitre si fort contre l’adversité, prêt à tout pour ceux qu’il aime.

Roberto Benigni, immense artiste transalpin, sorte de croisement entre Louis de Funès et Woody Allen, écrit et réalise La Vita è bella en 1997. Il fait appel à Nicola Piovani pour la composition de la musique, qui reprend le rythme des ritournelles de nombreuses comédies italiennes, en l’alternant avec Belle Nuit d’Hoffmann, nous faisant passer de la légèreté à la solennité, du rire aux larmes. Le succès est mondial. C’est la première fois au cinéma que le sujet douloureux de la déportation et des camps d’extermination est traité avec ce qui pourrait ressembler à de la désinvolture. Il n’en est rien. Il s’agit de dénoncer l’inhumanité d’une façon subtile et sensible : l’humour comme moyen de panser nos plaies.

À voir en famille et – per carità ! – in italiano ! 

1. La Commedia dell’arte est l’ancêtre du théâtre populaire italien, apparue au début du XVIe siècle. Les personnages étaient immuables : Arlequin, Colombine, Polichinelle... Les acteurs masqués provoquaient le rire par leurs pitreries et improvisaient des saynètes durant les fêtes du Carnaval. Avec un humour féroce et parfois outrancier, ce théâtre se moquait des travers des hommes en les ridiculisant. Corneille et Molière s’en inspirèrent à leur tour avec le succès que nous leur reconnaissons encore.

Catherine Bertrand

Actuailes n° 142 - 9 février 2022


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