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Adieu Monsieur Haffmann

Adieu Monsieur Haffmann

08-06-2022 à 07:25:26

« 1941, les Allemands occupent Paris… » Encore un film sur la guerre, me direz-vous ! 
Détrompez-vous : l’Histoire n’est ici qu’un prétexte pour raconter la chute terrifiante d’un homme.

François Mercier (Gilles Lellouche) est employé depuis peu dans la bijouterie de Joseph Haffmann (Daniel Auteuil) dans un quartier parisien où les échoppes tenues par des juifs sont nombreuses et l’atmosphère sereine. Lorsque les premiers décrets imposant aux israélites de se faire recenser sont publiés, Joseph décide d’envoyer femme et enfants en zone libre avant de les y rejoindre à son tour, le temps pour lui d’effectuer quelques démarches pour mettre sa boutique à l’abri. Il propose alors à François de reprendre sa bijouterie, ainsi que son appartement à l’étage, où Mercier pourrait emménager avec son épouse Blanche (Sara Giraudeau). Ce serait transitoire ; le temps que la guerre cesse et qu’il puisse revenir avec les siens à Paris… Mais Joseph ne réussit pas à quitter la capitale occupée et le trio ainsi formé doit apprendre à cohabiter.

Adapté de la pièce de théâtre éponyme de J.-P. Daguerre, ce sixième long métrage du réalisateur Fred Cavayé, plus connu pour ses comédies (Radin, Le Jeu), revisite le rôle du « salaud de collabo » qu’on a déjà pu voir mille fois. Gilles Lellouche nous a démontré qu’il pouvait tout jouer : les criminels dans La French, un indic dans Gibraltar, un père affectueux et émouvant dans Pupille, ou encore un flic intrépide et impulsif dans Bac Nord. Il bénéficie donc d’un capital sympathie qui donne d’emblée crédit et confiance à son personnage : François est un brave gars, hésitant même à sauter sur l’occasion merveilleuse qui lui est proposée. Sa transformation en véritable ordure est progressive. Il sombre seul, à la suite de ses propres initiatives, toujours plus abjectes, la première étant la plus immorale. C’est elle qui le conduit à la jalousie, mère, dans ce film, de tous les vices. Daniel Auteuil, que vous aurez pu voir dans Jean de Florette, La Fille du puisatier ou Le Huitième Jour, prête à son personnage sagesse et détermination ; Sara Giraudeau (Petit Paysan) est parfaite de sincérité, d’abnégation et de bienveillance. 

Le spectateur assiste donc impuissant, comme Blanche et Joseph, à la terrible métamorphose de François. Un élément fera dévier sa route et la fin, pas tout à fait fermée, est une délivrance.
À partir de douze ans.

Catherine Bertrand

Actuailes n°148 - 8 juin 2022


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