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Entretien exclusif avec l’épéiste français Romain Cannone

Entretien exclusif avec l’épéiste français Romain Cannone

15-11-2022 à 14:32:01

Entretien exclusif avec l’épéiste français Romain Cannone, champion olympique à Tokyo en 2020 et double champion du monde au Caire en 2022 en individuel et par équipe.

Éric Liechtenauer: Bonjour Romain.Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier au nom du journal Actuailes d’avoir accepté de répondre à nos questions. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

Romain Cannone : Je m’appelle Romain Cannone, j’ai 25 ans et je suis né le 12 avril 1997 à Boulogne Billancourt, près de Paris. Mes parents ont quitté la France pour le Brésil, où j’ai été scolarisé dès l’école maternelle, puis ils ont déménagé à New York afin d’ouvrir leur première boutique de macarons. Ce n’est qu’à l’âge de 12 ans que j’ai découvert l’escrime en accompagnant ma cousine à la New York Fencing Academy. Au lieu de la regarder s’entraîner, j’ai décidé, à mon tour, de passer la tenue d’escrimeur. En parallèle, je pratiquais la natation ainsi que le football. À l’âge de 18 ans, j’ai quitté les États-Unis et ma famille pour rejoindre le CREPS1 de Reims, afin de vivre mon rêve olympique. Je suis actuellement membre de l’Équipe de France d’épée et je m’entraîne à l’INSEP2 à Vincennes. Je suis entré sur le marché de l’emploi il y a environ dix mois, date à laquelle j’ai rejoint la société EDF en tant que contrôleur de gestion.

E. L. : Vous avez dit, à chaud, après votre victoire olympique, qu’« il faut kiffer, il faut créer, c’est des échecs l’escrime, c’est du sport, c’est du mental aussi et plus on joue, plus on s’amuse et plus on prend du plaisir et moi je pense que là j’ai pris du plaisir ! ». Outre le plaisir, quelle est la recette de votre réussite ?

R. C. : Outre le plaisir, la recette de ma réussite, c’est la persévérance et la détermination dans le sens où ce ne sont pas ceux qui sont a priori les plus doués étant jeunes qui réussissent la plus belle carrière, mais ceux qui ne s’arrêtent pas et qui persévèrent. C’est un peu comme un marathon, où ce n’est pas celui qui court le plus vite, mais celui qui tient le plus longtemps et qui persévère, qui gagne à la fin. Ces ingrédients, mis tous ensemble, ont beaucoup joué dans ma réussite.

E. L. : Vous connaissez l'expression « un esprit sain dans un corps sain3 » et qui est souvent attribuée à Pierre de Coubertin. Qu’en pensez-vous et comment un athlète tel que vous marie les deux au quotidien ?

R. C. : La phrase « un esprit sain dans un corps sain » est très vraie pour moi, car en compétition, on a beau avoir du stress et devoir rapidement se remettre en question, il faut garder l’esprit sain et clair pour prendre du plaisir et savoir pourquoi on pratique ce sport. Je pense qu’un athlète cherche toujours à évoluer dans un corps et un esprit sains, mais ce n’est jamais facile, car il y a toujours une remise en question nécessaire, un besoin de rigueur, mais aussi de la fatigue. Pour entrer un peu plus dans le détail de mon quotidien, je fais par exemple de la relaxation pour tenter de comprendre comment je me sens au jour le jour, savoir où j’ai mal, par exemple, quelles sont mes pensées négatives afin d’être en mesure d’en faire abstraction et de me reconcentrer sur ce qui est vraiment important pour moi, à savoir l’escrime et la performance.

E. L. : Avec d’autres champions olympiques français, vous avez reçu la médaille de chevalier de la Légion d’honneur de la main du président de la République Emmanuel Macron ; quel a été votre sentiment à cet égard ?

R. C. : Effectivement, pour moi, gagner les Jeux olympiques, c’est une chose, mais cela va bien au-delà du fait de gagner une médaille d’or : c’est à la fois une satisfaction personnelle, mais également une reconnaissance envers la France pour ce qu’elle m’a apporté. Recevoir la Légion d’honneur, pour moi, c’est un immense honneur ! Le fait de rencontrer le président de la République, alors que je n’aurai peutêtre plus l’occasion de le rencontrer à nouveau et le fait qu’il me félicite en plus pour mon travail, c’est un véritable accomplissement pour moi. Je pense qu’aujourd’hui je pratique l’escrime avec beaucoup plus de relâchement, dans le sens où j’ai atteint cet accomplissement et où la France, par le biais de son président, m’a félicité et a compris le long et dur chemin que j’ai parcouru. Je sais que c’est quelque chose qui est acquis et qui me restera à vie.

E. L. : Pour finir, quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs qui aspirent à faire du sport de haut niveau ?

R. C. : Mes conseils aux jeunes et aux moins jeunes qui souhaitent faire du sport de haut niveau, comme je l’ai dit auparavant, c’est avant tout de prendre du plaisir, mais c’est aussi de ne jamais baisser les bras, parce que la route est longue. J’ai envie de leur dire qu’il y aura beaucoup d’obstacles, mais que la route est belle ! Ce n’est pas parce qu’il y a des obstacles qu’il faut tourner le dos aux difficultés ou abandonner. Ce sont justement ces obstacles qui vous rendront plus fort. L’escrime est un sport de combat où l’on perd souvent et où on ne finit pas toujours le premier. Il faut comprendre que le sport est une belle école de la vie et que, quoi qu’il arrive, faire du sport de haut niveau, c’est également apprendre beaucoup de belles valeurs qui seront acquises pour le reste de votre vie. Du coup, les conseils que je donnerais, ce serait de prendre du plaisir tout au long de cette aventure. Étant donné que cela sera dur et exigeant, il ne faudra rien lâcher, prendre ces valeurs acquises grâce au sport pour les faire grandir en nous en tant que personne. Nous en revenons à ce que nous disions sur la nécessité d’un esprit sain dans un corps sain. De mon côté, j’ai toujours poursuivi des étudessupérieures exigeantes, afin de m’assurer que, si le sport ne devait pas m’apporter les résultats escomptés, je puisse trouver dans mes études une autre source d’équilibre et de satisfaction.

E. L. : Merci beaucoup Romain pour votre disponibilité et au nom d’Actuailes, je voussouhaite beaucoup de succès dans votre carrière, tant sportive que professionnelle.

Eric Liechtenauer

Actuailes n°152 - 16 novembre 2022

 


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