Incroyable mais vrai: 80% des savons de Marseille achetés en supermarché ne viennent pas de Marseille, ni même de France, mais de Chine ou de Tunisie.
Comment expliquer cette concurrence déloyale peu connue du grand public?
Un savon mondialement connu
Produit entièrement naturel à base d’huile d’olive, le savon de Marseille est renommé dans le monde entier pour ses vertus remarquables, tant pour les cheveux que pour la peau, mais également pour le ménage, la lessive et la vaisselle.
Il est très ancien, le premier savonnier ayant été recensé à Marseille en 1370. Ce savon trouve son origine dans le savon d’Alep (Syrie) qui s’est répandu autour de la mer Méditerranée après les Croisades.
Sa fabrication fut réglementée par Colbert au XVIIe siècle. Par exemple, ne sont désignés savons de Marseille que les savons produits à partir d’huile d’olive à Marseille. Et la production fut interdite l’été, pour éviter que la chaleur nuise à la qualité du produit.
Le succès atteint son apogée en 1913, où Marseille fournissait la moitié de la consommation mondiale de savon. Suivi d’un déclin brutal après la Seconde Guerre mondiale, en raison de la concurrence de produits plus chimiques, beaucoup moins chers. Il ne reste aujourd’hui que six savonneries traditionnelles dans la région marseillaise.
Un produit naturel et artisanal
Un authentique savon de Marseille est uniquement composé de 4 ingrédients: des huiles végétales (72%), de l’eau, du sel marin et de la soude. Sa fabrication procède d’un processus ancien et rigoureux, trésor des maîtres savonniers.
Mais ce savoir-faire ancestral est mal protégé, car il n’est pas une appellation d’origine contrôlée.
Il est ainsi possible de produire ce savon n’importe où dans le monde. Seules quelques règles basiques de fabrication doivent être respectées. Peu de consommateurs le savent. Ils achètent donc souvent un savon de Marseille made in China. Il n’y a rien de dangereux, mais il ne procurera toutefois pas la totalité des vertus d’un savon de Marseille traditionnel.
Des sociétés adoptent une autre tactique afin d’annoncer que leur savon est produit à Marseille ou en France. Elles achètent en Asie de la base savon et l’importent. Elles vont ensuite colorer cette base, la parfumer, la mouler et lui donner un bel emballage trompant le client sur l’origine du produit. Cette concurrence peut vraiment sembler déloyale.
Besoin de s’organiser
Il y a plusieurs façons de lutter contre la contrefaçon, l’imitation ou la concurrence déloyale. On peut tout d’abord déposer son nom de marque à l’Institut National de la Propriété Intellectuelle. Par exemple, la marque Actuailes est déposée à l’INPI et son nom ne peut être utilisé par un concurrent ou une personne malveillante. Elle aurait alors affaire à la justice. Déposer une marque vous coûtera 190 € et tout est réalisable directement sur Internet. Mais attention, cette protection doit être renouvelée tous les 10 ans. L’INPI va également protéger vos innovations, appelés brevets, vos dessins, logos ou appellations géographiques. Ainsi, une bouteille de Champagne ne peut venir que d’une vigne située en Champagne. Idem pour les vins de Bordeaux ou de Bourgogne. Vous pouvez d’ailleurs noter que les bouteilles indiquent toutes sur leurs étiquettes appellation d’origine contrôlée (AOC).
Le problème est qu’à Marseille les producteurs locaux ont du mal à s’entendre et donc à s’organiser pour défendre leur label. Ils ne sont pas unis, car ils se disputent sur des détails. Peut-on appeler savon de Marseille un savon produit à Toulon, mais respectant toutes les étapes traditionnelles de la fabrication artisanale? Faut-il imposer une forme et une odeur? Il n’y a pas de consensus sur ces points.
Le fléau de la contrefaçon
Mais le savon de Marseille n’est malheureusement pas un cas isolé. Certaines imitations sont légales, ne faisant que jouer sur les mots de productions mal protégées par la loi et les règles. La moutarde de Dijon n’est pas protégée par une appellation d’origine contrôlée. Elle peut donc être fabriquée ailleurs qu’en Bourgogne, et l’immense majorité des graines viennent du Canada. On estime à 90% la charcuterie présentée comme corse mais n’ayant rien à voir avec l’île de Beauté. Il en va de même pour les fameux escargots de Bourgogne dont 90% viennent de Roumanie, de Belgique ou de Grèce.
Mais il y a une contrefaçon plus dangereuse qui est commercialisée par les mafias. La plus connue concerne les produits de luxe comme les sacs à main Louis Vuitton ou les polos Lacoste. Certaines contrefaçons sont des imitations quasi-parfaites. Mais ce fléau concerne aussi des jouets, des boissons, des produits de beauté et même des médicaments. Les contrefaçons sont souvent produites en Asie du sud-est, et plus particulièrement en Chine, qui manque à ses devoirs de respect de la propriété intellectuelle. En effet, seule la marque Lacoste peut par exemple commercialiser des vêtements ornés du célèbre crocodile. Ces produits sont le plus souvent vendus sur des sites Internet comme Vinted, ou par des vendeurs à la sauvette dans les zones touristiques. La douane veille et a saisi en 2023 environs 20 millions d’articles frauduleux. Un record. Car il y a un danger pour les acheteurs, qui peuvent par exemple être blessés par une pièce défectueuse de leur voiture ou un appareil électronique qui ne respecte aucune norme de sécurité. Sans même parler des faux médicaments. Et ce fléau est également néfaste pour les entreprises, qui perdent de l’argent alors qu’elles ont investi dans leurs produits.
Le savais-tu?
Que risque une personne ayant acheté une contrefaçon?
Si l’on prend l’exemple d’un touriste ayant acheté une contrefaçon à l’étranger et qui est contrôlé par des douaniers au retour, l’objet va tout d’abord être confisqué pour être détruit ultérieurement. Le contrevenant devra également s’acquitter d’une amende comprise entre une et deux fois la valeur réelle du produit. Cela peut vite faire cher, avec par exemple une montre de luxe Rolex, très souvent copiée à l’étranger et dont le prix est de 15000 €en France.
Julien Magne
Actuailes n°181 - 16 octobre 2024
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