Mardi 28 janvier, les rebelles du M23 ont pris Goma, la capitale du Nord-Kivu. Ils continuent actuellement leur offensive éclair vers le Sud-Kivu et sa capitale, Bukavu, qui risque de tomber dans les prochains jours.
La rapidité de la manœuvre du groupe rebelle a surpris: tout a commencé le jeudi 23 janvier par la prise de la ville de Saké à l’ouest de Goma par les troupes du mouvement rebelle M23. Puis, dans la nuit du 26 au 27 janvier, les combats ont éclaté dans la ville de Goma, capitale régionale du Nord-Kivu.
La chute de Goma
Par l’ouest et par le nord, le M23 a envahi la ville et les combats violents ont duré trois jours. La victoire du M23 a été totale: déroute de l’armée congolaise, fuite piteuse des officiers congolais par le lac Kivu, 2500 soldats tués et des centaines d’autres faits prisonniers. Plus de 280 mercenaires roumains à la solde de la RDC arrêtés et désarmés par les rebelles du M23. Le bilan humain de 500 morts côté civil est lourd, bien qu’étonnamment limité pour des combats urbains de cette intensité.
Retour au calme
Le calme est revenu à Goma, l’administration a repris le travail et la frontière avec le Rwanda voisin a été réouverte. Les populations civiles qui n’aspirent qu’au retour de la paix ont repris leurs activités, tandis que les nouvelles autorités rebelles découvrent les difficultés de la gestion concrète d’une grande ville comme Goma. Malgré cette victoire, le mouvement rebelle ne s’est pourtant pas arrêté là et a repris dès le 1er février son offensive vers le sud, en descendant le lac Kivu, prenant chaque ville sur sa route et se trouvant désormais à quelques kilomètres de la ville stratégique de Kavumu où se trouve l’aéroport régional, dont la prise empêcherait définitivement toute contre-offensive congolaise.
Vers un contrôle total du Kivu?
S’ils poussaient leur avantage jusqu’à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, dont ils ne sont plus qu’à une trentaine de kilomètres, ils contrôleraient alors totalement les deux régions stratégiques du Nord et Sud Kivu, se rendant maîtres d’une région immense et très riche en minerais, or et coltan1 notamment.
Le M23 soutenu par le Rwanda
Le M23 est un mouvement rebelle composé en majorité de Banyamulenge, une ethnie tutsie de l’est de la RDC longtemps méprisée par Kinshasa. Le Rwanda voisin étant peuplé en partie par des tutsis, il soutient ce groupe rebelle. C’est ce qui a permis au M23 de s’armer, de s’entraîner et de surpasser l’armée congolaise sous-payée et corrompue. Les rebelles entrant dans Goma ressemblent plus, dans leurs uniformes et avec leur rigueur, à une armée professionnelle moderne qu’à l’image classique du rebelle que nous avons souvent en tête! La RDC accuse le Rwanda de soutenir le M23 afin d’exploiter les richesses minières de la région, ce dont le Rwanda se défend. Le Rwanda aime aussi à rappeler que la zone du Nord-Kivu faisait partie du Rwanda précolonial et que la région a été donnée au Congo belge par les puissances coloniales européennes lors de la conférence de Berlin en 1884. De quoi prêter au Rwanda des velléités d’annexion? Le temps nous le dira.
Sacha Balbari
Actuailes n°187- 12 février
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