Chère Laure,
Veux-tu parcourir les siècles avec moi? Notre fil rouge sera février, qui apparaît maintes fois dans la riche histoire des relations entre l’Église et la France. Tu le sais, cette dernière a vu ses souverains appuyés sur l’Église et souvent sur leur foi, durant quasiment 1300 ans. Et l’Église a reconnu saints de nombreux Français. La France y a gagné le surnom de «fille aînée de l’Église». Pourtant, les relations n’ont pas toujours été simples…
Dès février 1302, un violent orage marque la lutte entre le pape Boniface VIII et Philippe IV le Bel. Celui-ci souhaite que seul le roi gouverne et veut donc limiter le pouvoir du pape. Imagine sa fureur lorsque Boniface lui envoie une encyclique (lettre publique) rappelant la supériorité de l’autorité du pape sur celle du roi et le convoquant à Rome! «Écoute, mon fils…»: le pape fait la leçon au roi – qui fait brûler la lettre en public. C’est te dire l’intensité de cette querelle qui n’en finira pas de ressurgir durant des siècles: le pouvoir des gouvernants doit-il être absolu ou limité par une puissance spirituelle plus grande qu’eux?
Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, Louis XIV imposera un nouvel équilibre. Roi de droit divin, il est à la fois tête de la «fille aînée de l’Église» et maître unique du royaume. En exécutant Louis XVI en 1793 et en proclamant la République, la Révolution voudra mettre fin au lien privilégié de la France avec l’Église ainsi qu’à la monarchie absolue. Ce faisant, elle ruinera aussi l’équilibre avec Rome en assassinant grand nombre de religieux et de prêtres. En 1802, Napoléon et Pie VII renouent des relations grâce au concordat, qui existe encore en Alsace et Moselle.
Mais le siècle qui suit sera tissé de la lutte pour un nouvel ajustement. Lorsque la Sainte Vierge apparaît à Lourdes le 11 février 1858, elle s’adresse aux foules par l’intermédiaire de Bernadette Soubirous. Ce peuple chrétien est insupportable à ceux qui y voient l’influence trop grande de l’Église. Le 2nd Empire puis la IIIe République restent traversés de forts courants anticléricaux. Le pape Léon XIII invite pourtant les catholiques français à se rallier à la République en publiant Au milieu des sollicitudes (février 1892)… Rien n’y fait. Acharnés à chasser l’Église, les anticléricaux tournent l’État contre les catholiques: on oblige les paroisses à un inventaire (1899), on fiche les officiers catholiques (1904), on sépare par la loi l’État de l’Église en 1905, on spolie les diocèses de leurs biens et on chasse les congrégations… Le ton monte fort, provoquant de nouvelles encycliques papales vers la France, parmi lesquelles Vehementer nos (février 1906): Pie X y dit son angoisse et sa réprobation de cette violence anticléricale.
Même si les guerres mondiales ont réuni au combat «ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas» (L. Aragon), tu verras que le rapport de l’Église catholique avec la République continuer d’affleurer souvent dans le débat public.
Je t’embrasse!
Oncle Yann
Actuailes n°187 - 12 Février
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