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Les jésuites au Japon : mission entre foi et persécution

27-04-2025 à 17:12:00

Le pape François était jésuite. Savais-tu que cet ordre, créé par saint Ignace de Loyola, a joué un rôle majeur dans l’évangélisation au Japon?  

Au temps des grandes découvertes, saint François-Xavier, un missionnaire jésuite ami de saint Ignace, débarque sur l’île de Kyushu en 1549 avec quelques compagnons.  

Les débuts de la mission 

À l’époque, le Japon est divisé en de nombreux royaumes gouvernés par des seigneurs appelés daimyos qui se livrent à des luttes de pouvoir. Certains voient dans l’alliance avec les Européens un avantage militaire et commercial et acceptent la présence des missionnaires. François-Xavier et ses compagnons apprennent la langue, s’habillent parfois comme des Japonais, et traduisent la Bible et les prières. Grâce à cette approche, des dizaines de milliers de Japonais se convertissent, notamment des samouraïs et des paysans. 

Mais cet équilibre est fragile. En 1587, un grand seigneur, Toyotomi Hideyoshi, interdit la religion chrétienne, voyant en elle une menace pour la société japonaise. C’est le début des persécutions. Les missionnaires sont progressivement chassés et les chrétiens doivent pratiquer leur religion en secret. On les appelle les kakure kirishitan, les «chrétiens cachés». Ils transmettent leur foi en cachette, dans des maisons privées, utilisant des statues de la Vierge déguisées en divinités bouddhistes pour tromper les autorités. Ces dernières forcent les Japonais suspectés de conversion à marcher sur des images saintes. Ceux qui refusent sont martyrisés.  

La grande révolte de 1637: un dernier cri de foi 

En 1637, après des années de persécution, une grande révolte éclate dans le sud du Japon. Amakusa Shirō, fils de samouraï chrétien de 16 ans à peine, prend la tête de la rébellion. Réfugiés dans un château, des milliers de chrétiens, hommes, femmes et enfants, résistent aux armées du pouvoir dans des conditions dramatiques. Mais la révolte est écrasée et tous les survivants sont massacrés. Le christianisme devient totalement clandestin pour deux siècles. Il en faut plus pour décourager les chrétiens japonais. Plusieurs d’entre eux vont ainsi garder la foi vivante pendant plus de 250 ans en secret jusqu’à la réouverture du Japon dans la deuxième moitié du XIXᵉ siècle. 

«Silence»: la foi face à la persécution 

Cette histoire a inspiré un grand écrivain japonais catholique, Shūsaku Endō, qui écrit en 1966 le roman Silence. Ce livre raconte l’histoire du père Rodrigues, un missionnaire portugais témoin de la persécution. Il montre comment même les croyants les plus forts peuvent douter quand Dieu semble se taire face à la souffrance. En 2016, Silence est adapté au cinéma. Le film, lent et profond, suit les pas des missionnaires dans un Japon magnifique mais cruel. Il pose une question poignante: comment rester fidèle à ses croyances quand tout autour pousse à l’abandon? Aujourd’hui, les chrétiens représentent 1% de la population japonaise. 

 

Le savais-tu?  

On estime à environ 30 000 les chrétiens japonais cachés qui sont sortis de la clandestinité à la fin du XIXe siècle. Ils ont gardé la foi par transmission orale, sans prêtre, ni bible, de peur que la découverte de textes écrits ne les trahissent, pendant 250 ans, soit environ 7 générations.  

 

Alexis 

Actuailes n°190- 30 avril 2025




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