«France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême?» En 1980, cette phrase du saint pape Jean-Paul II soulignait la place majeure que la France a toujours eue au sein de l’Église catholique.
Mais depuis quand? Pourquoi? Et où en est-on aujourd’hui?
Si la pratique religieuse s’est écroulée en France depuis les années 1960, notre pays garde une place importante au sein de l’Église. C’est certes le fruit de l’Histoire, mais pas seulement. En effet, s’ils sont désormais moins nombreux, les catholiques français sont dynamiques, et des espoirs de renouveau sont bien présents. L’affluence record dans les églises à Pâques en témoigne.
Fille aînée de l’Église
La grande Histoire entre la France et l’Église commence le 25 décembre 496 dans la cathédrale de Reims. Le roi Clovis y est baptisé par l’évêque Rémi. Le royaume des Francs entre alors dans l’Église catholique, et devient «fille aînée de l’Église ». Les rois de France prennent progressivement le titre de «Roi très chrétien», tenant leur couronne directement de Dieu. La France a donné un grand nombre de missionnaires, évangélisateurs de l’Afrique, de l’Amérique du Nord et de l’Asie. Et de grands saints comme, parmi beaucoup d’autres, saint Jean-Marie Vianney, sainte Thérèse de Lisieux ou encore saint François de Sales. La Vierge est apparue à Lourdes, à la Salette, à Pontmain, au Laus et à Pellevoisin, attirant en France des millions de pèlerins du monde entier. Et saint Joseph à Cotignac, en Provence. Dans l’imaginaire des catholiques du monde entier, la France a donc une place centrale au sein de l’Église.
La cassure de la Révolution
Préparée par les idées des Lumières, très hostiles à la foi catholique et à l’Église, la Révolution s’attaque violemment à la religion, qualifiée de superstition. De nombreux prêtres et religieuses sont assassinés dans des conditions horribles. Les Vendéens sont massacrés pour avoir voulu défendre leurs prêtres. La situation s’apaise avec Napoléon. Mais, si la pratique religieuse reste forte en Provence, en Bretagne ou dans l’Est, elle recule fortement à Paris ou dans le Centre de la France.
La loi de séparation de l’Église et l’État
Si les relations s’étaient apaisées après la Révolution, les attaques contre l’Église reprennent à la fin du XIXe siècle. Elles sont le fait de partis de gauche qui voient en l’Église un danger pour l’Homme. Ces personnes sont appelées des «anticléricaux». Ils sont très nombreux et, en 1905, une loi de séparation de l’Église et de l’État est votée dans un climat de violence. Elle garantit l’étanchéité entre le pouvoir politique et la religion au nom de la laïcité. Et s’accompagne d’une répression contre l’Église: interdiction du port de la soutane, expulsion par l’armée des communautés religieuses de France, saisie des biens d’Église. La France est alors très divisée et seule la guerre de 1914 va ressouder le pays dans la boue des tranchées.
La crise de l’Église
Malgré ses relations difficiles avec la République, et les attaques des anticléricaux, l’Église avait gardé une forte influence en France. Mais une grave crise naît dans les années 1960 à la suite d’interprétations hasardeuses du concile Vatican II. La pratique religieuse s’écroule, passant de 35% de Français allant à la messe tous les dimanches à 6% à l’heure actuelle. L’Église réduit drastiquement sa visibilité dans la société en mettant fin à de nombreuses marques de piété populaire comme les pèlerinages ou le port de la soutane par les prêtres. Le nombre d’ordinations est divisé par 5 et celui de bébés s’appelant Marie par 100. De nombreuses lois sont venues témoigner de la baisse de l’influence de la religion catholique: avortement, mariage homosexuel et peut-être demain euthanasie.
Les raisons d’un renouveau
Si le confort et l’individualisme pourraient sembler condamner l’Église aux oubliettes de l’Histoire française, les raisons d’espérer sont nombreuses. Il existe aujourd’hui des communautés vivantes qui ne connaissent pas la crise, et qui pour la plupart sont nées en France avant de connaître un succès mondial: communautés Saint-Martin et de l’Emmanuel, communautés traditionalistes. Leurs séminaires ne connaissent pas la crise et leurs églises sont pleines de fidèles, jeunes pour beaucoup. Les événements qu’ils organisent rencontrent un grand succès, comme les sessions d’été de Paray-le-Monial ou le pèlerinage de Chartres, qui ne sait comment répondre à l’explosion des inscriptions. Plus de 10000 adultes ont été baptisés à Pâques, en hausse de 100% sur deux ans. Mais, surtout, des régions dont la déchristianisation a débuté il y a plus de 300 ans font actuellement le chemin inverse, comme le Var et la région parisienne.
Fille aînée de l’Église depuis l’an 496 et le baptême de Clovis, la France a longtemps été un des pays les plus catholiques du monde. Mais la Révolution, la loi de 1905 et les conséquences d’une application hasardeuse du concile Vatican II y ont accéléré le déclin de l’Église. Les signes de renouveau sont toutefois nombreux et pourraient surprendre dans les années à venir par leur ampleur.
Le savais-tu?
Le pape François n’a effectué aucune visite officielle en France, son absence étant particulièrement remarquée lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris. Il s’est toutefois rendu trois fois dans notre pays, mais jamais en visite d’État, précisant même en 2023 qu’il allait à Marseille, et non en France. Cela tient à la priorité donnée aux pays pauvres au détriment des pays européens. Le pape François a pourtant été marqué par des penseurs chrétiens français et il avait une dévotion très forte pour sainte Thérèse de Lisieux.
Quand les papes étaient français
Sept papes français résidèrent à Avignon de 1305 à 1377. La papauté avait en effet dû quitter Rome où les habitants voulaient un pape italien, et menaçaient physiquement les cardinaux pour qu’ils n’élisent pas un pape français. À l’inverse, Avignon offrait un refuge sûr face à l’anarchie italienne. La ville passe alors de 6000 à 40000 habitants, devenant la seconde ville de France derrière Paris.
Actuailes n°190 - 30 avril 2025
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