facebook logo Twitter logo

facebook logo Twitter logo Linkedin logo

Logo Header
Télécharger dernier numéro

La mort du pape François et le conclave

28-04-2025 à 17:33:00

Au matin du 21 avril 2025, le cardinal Farrell s’adresse au monde entier: «Très chers frères et sœurs, c’est avec une profonde douleur que je dois vous annoncer la mort de notre saint père François. À 7h35, ce matin, l’évêque de Rome, François, est revenu à la maison du Père.» 

Qui était le pape François? 

Jorge Mario Bergoglio a été élu pape le 13 mars 2013, après la renonciation de Benoît XVI. Il a choisi de s’appeler François, et s’en explique ainsi le 16 mars suivant: «Ainsi est venu le nom, dans mon cœur: François d’Assise. C’est pour moi l’homme de la pauvreté, l’homme de la paix, l’homme qui aime et préserve la création qui nous a donné cet esprit de paix.» C’est le 265e successeur de saint Pierre. 

Jorge Mario Bergoglio est né en 1936, en Argentine, de parents d’origine italienne. Après des études de chimie, il entre au séminaire diocésain, puis au noviciat des jésuites, en 1958 (il est le premier pape jésuite). Il est ordonné prêtre en 1969 et fait profession perpétuelle en 1973. Il est donc à la fois prêtre et religieux. Il occupe alors de nombreuses fonctions: professeur de littérature en collège, puis professeur de théologie à l’université, provincial des jésuites d’Argentine, curé de paroisse, recteur de collège. Saint Jean-Paul II le nomme évêque en 1992, et Mgr Bergoglio devient archevêque de Buenos Aires en 1998. Il est créé cardinal en 2001. Comme évêque, il aura toujours souci des plus pauvres. Il décide de vivre dans un simple appartement où il se prépare lui-même à manger: «Mes gens sont pauvres et je suis un des leurs», déclare-t-il.  

Ce souci des pauvres sera l’une des marques de son pontificat. Au Vatican, il se contente d’un petit appartement de 70m². Dès son élection, et dans sa première exhortation apostolique, il affirme: « Je désire une Église pauvre pour les pauvres.» Il visite les quartiers défavorisés de Rome et invite les chrétiens à une plus grande charité concrète. Dans son testament, il décide que son «tombeau doit être dans la terre; simple, sans décoration particulière, et avec la seule inscription: Franciscus.» Il a été particulièrement attentif aux situations dramatiques que connaissent les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe, et dont beaucoup meurent en route. Certains lui reprochent toutefois de ne pas assez prendre en compte les possibilités culturelles et économiques des pays d’accueil. 

À l’image de son saint patron, François d’Assise, le pape François a sans cesse appelé les peuples à la paix. En mai 2013, lors de son voyage en Terre Sainte, il avait invité le président israélien et le président de l’Autorité palestinienne à venir au Vatican pour prier pour la paix. Le regain de violence entre Israël et la bande de Gaza, tout comme la guerre en Ukraine, ont été pour lui une source de grandes souffrances. 

Dans le sillage de ses prédécesseurs, il a également invité les fidèles à réfléchir sur le respect de la nature avec un regard chrétien, qui dépasse le point de vue souvent très idéologique des militants écologistes. Benoît XVI déjà avait parlé de «l’écologie intégrale» qui consiste à respecter, non seulement la nature qui nous entoure, mais aussi la nature humaine. 

Le pape François, en 2014, a promulgué une Année de la Miséricorde pour inviter tous les hommes à se réconcilier avec Dieu, à venir se confesser et retrouver l’état de grâce.  

Certaines décisions du pape ont été source de crispations au sein de l’Église. En juillet 2021, alors même que les tensions liées à la liturgie avaient nettement diminué depuis plusieurs années, il restreint drastiquement la possibilité de célébrer la messe et les sacrements dans leur forme traditionnelle par le Motu proprio Traditionis custodes. Voulant dialoguer avec toutes les cultures et toutes les religions, il adopte une attitude qui pourrait favoriser le relativisme, comme lors du Synode sur l’Amazonie, ou dans la Déclaration d’Abu Dhabi. Dans les documents Amoris lætitia et Fiducia supplicans, il facilite l’accès aux sacrements aux divorcés remariés ou semble permettre la bénédiction de «couples» homosexuels. Son désir est de rejoindre chaque pécheur, avec le risque toutefois de ne plus parler de la gravité du péché et de la nécessité de s’en corriger.  

À l’instar de ses deux prédécesseurs, le pape François fut un grand voyageur. En douze ans, il a effectué 47 voyages hors d’Italie, soit 4 par an. Le pays dans lequel il est venu le plus souvent est la France: en novembre 2014, il se rend à Strasbourg pour parler devant le Parlement européen; en septembre 2023, il vient à Marseille à l’invitation du cardinal Aveline, et en décembre 2024, il vient en Corse, à l’invitation du cardinal Bustillo. C’est d’ailleurs son dernier voyage apostolique. 

Le pape a écrit quatre encycliques, dont la dernière, Dilexit nos, est une belle méditation sur le Sacré-Cœur de Jésus. 

Le pape François a choisi un lieu inhabituel pour sa sépulture: «J’ai toujours confié ma vie ainsi que mon ministère sacerdotal et épiscopal à la Mère de Notre-Seigneur, Marie très sainte. C’est pourquoi je demande que mes restes mortels reposent dans la Basilique papale de Sainte-Marie-Majeure, dans l’attente du jour de la Résurrection», demande-t-il dans son testament. La messe d’enterrement est célébrée le samedi 26 avril. 

Le pape termine ainsi son testament: «Que le Seigneur accorde une récompense méritée à ceux qui m’ont aimé et qui continueront à prier pour moi. La souffrance qui a marqué la dernière partie de ma vie, je l’offre au Seigneur pour la paix dans le monde et la fraternité parmi les peuples.» L’Église et l’ensemble des catholiques auront à cœur de prier pour le repos de l’âme du pape. 

 

Le conclave 

Ces prochaines semaines, le camerlingue de la Sainte Église romaine, le cardinal Kevin Farrell, celui qui a annoncé la mort du pape, est chargé de l’administration des affaires courantes du Vatican. Il lui revient d’organiser la sépulture du pape et la tenue du conclave. Il ne peut cependant pas prendre de grandes décisions, comme nommer des cardinaux. 

Le conclave est l’assemblée des cardinaux chargée d’élire un nouveau pape. Seuls les cardinaux de moins de 80 ans peuvent participer à l’élection. Toutefois, les cardinaux plus âgés sont invités à donner leur avis sur le futur de l’Église, lors des «Congrégations générales» – réunions de tous les cardinaux – qui précèdent le conclave.  

Le conclave obéit à une procédure très précise. Il doit débuter 15 à 20 jours après la mort du pape, c’est-à-dire entre le 6 et le 11 mai.  

Le premier matin, une messe pro eligendo papa, «pour l’élection du pape», est célébrée. L’après-midi, les cardinaux électeurs prêtent serment: ils promettent de garder le secret des délibérations (ce qui n’est pas facile, avec les moyens modernes de communication; et pourtant, ne pas garder le secret est passible d’excommunication!); ils promettent également d’accepter le résultat de l’élection. Puis, on annonce: «Extra omnes!», ce qui veut dire: «Dehors, tous!» Il ne reste alors dans l’enceinte de la chapelle Sixtine et de la maison Sainte-Marthe, où logent les cardinaux, que les électeurs et le personnel qui les sert. Ils n’ont pas le droit d’en sortir. C’est l’origine du mot conclave: «cum» et «claves», en latin: «avec clés». Cette mesure avait été prise par le pape GrégoireX en 1274, car son élection avait duré plus de deux ans et demi! Pour forcer les cardinaux à se décider, on les avait emmurés, et même réduits au pain et à l’eau!  

Cet isolement et ce secret ont une raison plus profonde: il faut que l’élection du pape soit libre. Souvent, le peuple de Rome ou les souverains européens ont cherché à influencer le choix des électeurs. C’est pour se prémunir d’une telle influence que tout contact avec l’extérieur est interdit durant la durée du conclave. 

Ce même après-midi a lieu le premier scrutin, c’est-à-dire le premier vote. Chaque cardinal dépose son bulletin de vote dans une urne en même temps qu’il jure de voter pour celui qui lui semble digne d’être pape. Pour être élu, un candidat doit recueillir au moins les deux tiers des voix. Tant que ce n’est pas le cas, de nouveaux scrutins ont lieu, deux le matin et deux l’après-midi. Si, au bout de treize jours, l’élection n’est pas conclue, le scrutin peut se faire à la majorité des voix seulement. Cependant, aucune élection n’a dépassé 14 scrutins, depuis celle de Grégoire XVI en 1830-1831 (83 scrutins!). 

Après chaque vote des cardinaux, une fumée sort d’un poêle et d’une cheminée installée pour l’occasion sur le toit de la chapelle Sixtine. Elle permet à la foule rassemblée sur la place Saint-Pierre de savoir si le conclave est fini. Elle est noire si le vote n’est pas concluant, et blanche quand le pape est élu et qu’il a accepté sa nouvelle charge (depuis l’élection de Benoît XVI, en 2005, cette fumée est obtenue en mettant certains produits chimiques dans le poêle situé dans la chapelle).  

Le nouveau pape revêt alors la soutane pontificale blanche. Puis le protodiacre – c’est ainsi que s’appelle le cardinal-diacre le plus ancien – sort sur le balcon de la place Saint-Pierre. Il prononce le fameux: «Annuntio vobis gaudium magnum: habemus papam…» («Je vous annonce une grande joie: nous avons un pape…»). Le protodiacre actuel est le cardinal Dominique Mamberti, un français.  

Les prochaines semaines seront très agitées. Les journaux et les médias discuteront des candidats les plus probables, les «papabili», et donneront leur avis sur celui qui serait le meilleur candidat. Cependant, plutôt que de se laisser absorber par ces pronostics, les chrétiens prieront de tout cœur pour que le Saint-Esprit donne à son Église un bon et saint pape. Ils garderont la foi en Notre-Seigneur qui a promis que «les portes de l’enfer ne prévaudront pas» sur son Église (Mt 16,18). 

Frère Simon-Marie 

Actuailes n°190 - 30 avril 2025 

 




Imprimer