L’Afrique du Sud «a fait part de sa préoccupation» aux États-Unis le vendredi 9 mai, après la révélation de l’accueil, dès la semaine prochaine, d’Afrikaners, ces descendants des premiers colons européens que Donald Trump dit être persécutés et à qui il a offert l’asile.
Alors que l’histoire de l’Afrique du Sud est marquée par des luttes complexes entre peuples autochtones, colons européens et puissances impérialistes, qui sont ces Afrikaners ?
Au XVIIe siècle, des colons néerlandais établissent un comptoir à la pointe sud de l’Afrique, aujourd’hui Le Cap. Ces colons, appelés «Boers» (fermiers), se sédentarisent et développent une identité distincte, à travers la langue afrikaans et une culture calviniste. Au XIXe siècle, un groupe d’Afrikaners entreprend le «Grand Trek», une migration vers l’intérieur des terres pour échapper à l’autorité britannique, qui avait annexé la région du Cap en 1806. Ce mouvement fonde les républiques indépendantes du Natal, du Transvaal et de l’État libre d’Orange
La guerre des Boers (1899–1902)
La guerre des Boers oppose ces colons afrikaners aux Britanniques, désireux de contrôler les riches territoires aurifères du Transvaal et de l’État libre d’Orange. Les commandos boers mènent une guerre de guérilla efficace contre laquelle les Britanniques adoptent une politique de terre brûlée, internant plus de 100000 civils boers, dont 26000 périront dans des camps de concentration.
La guerre se termine en 1902 par le traité de Vereeniging, qui transforme les républiques boers en colonies britanniques. En 1910, elles fusionnent avec les colonies du Cap et du Natal pour former l’Union d’Afrique du Sud, un dominion autonome au sein de l’Empire britannique.
L’apartheid: une politique de ségrégation raciale
Après la Seconde Guerre mondiale, le Parti national, dominé par les Afrikaners, accède au pouvoir en 1948. Le gouvernement en place instaure l’apartheid, un système de ségrégation raciale stricte prônant la prédominance en Afrique du Sud de la race blanche sur la majorité noire. Les lois de l’apartheid interdisent les mariages mixtes, imposent la séparation des races dans les espaces publics et privés, et déplacent des millions de Noirs vers des zones rurales isolées appelées «homelands». Les Afrikaners, eux, bénéficient d’un statut privilégié, accédant aux meilleurs emplois, services et terres. Dans le même temps, des mouvements de résistance, tels que le Congrès national africain (ANC), sont réprimés avec violence.
La fin de l’apartheid et l’héritage afrikaner
La fin de l’apartheid survient en 1994, mais les Afrikaners, bien que minoritaires (6% de la population), conservent depuis une influence notable dans les domaines économiques, politiques et culturels. En dépit de politiques de discrimination positive, telles que la loi sur l’équité en matière d’emploi entrée en vigueur en janvier 2025, visant à accroître la représentation des Noirs, des femmes et des personnes handicapées dans les emplois qualifiés, certaines inégalités héritées demeurent.
Donald Trump souffle donc sur les braises d’un sujet encore non résolu, parlant même de génocide des Afrikaners sans pouvoir justifier ses propos. Le gouvernement sud-africain rejette ces accusations, soulignant que les bonnes relations entre les deux pays demeurent vitales.
Guillaume
Actuailes n°191 - 14 mai 2025
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