Chère Marie-Liesse,
Mai secoue ma mémoire et nous pourrions ensemble arpenter bien des dates de notre histoire. Mais, alors que nous fêtons son 80e anniversaire, comment ne pas évoquer plutôt la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le 8 mai 1945?
Cet armistice fait suite à la signature, la veille à Reims, de la capitulation sans condition des troupes allemandes. C’est le général Eisenhower qui la reçoit: Américain, commandant en chef des troupes alliées, grand organisateur du débarquement de Normandie et des opérations qui suivent.
C’est fini. Les nazis sont vaincus. Les cloches sonnent partout, portant la nouvelle. Pour mes grands-parents de 20 ans, pour tous, se confirme la fin de 5 années de souffrances immenses, de privations et d’inquiétudes. Cinq années à se demander qui se ferait arrêter ce soir, quels morts on pleurerait demain, quel serait l’avenir de la France, que faire pour lutter, pour survivre. Imagines-tu le soulagement à l’annonce de l’arrêt de la guerre? Depuis les débarquements alliés, le 6 juin 1944 en Normandie, le 15 août en Provence, les Allemands aux abois reculaient, semant souvent la terreur au passage. À ce moment-là, ceux qui depuis des années résistaient aux nazis dans la clandestinité, avaient été rejoints par ceux qui se préparaient autrement pour ce moment tant attendu. En appui des soldats alliés, une partie de la population a participé à chasser les envahisseurs. D’autres, attentistes, effrayés, dépassés, n’ont été que spectateurs. Mais d’autres encore subissent la vengeance et les jugements, parfois expéditifs, qu’ils pouvaient redouter, après avoir collaboré avec les Allemands et contribué aux souffrances des Français.
À la joie immense de la libération, aux danses et à l’élan d’allégresse qui envahit le pays, à l’espoir fou de voir revenir les prisonniers, se mêlent donc aussi tristesses et règlements de compte. Comment gouverner un pays si divisé? Les résistants eux-mêmes laissent éclater leurs dissensions au grand jour: les francs-tireurs partisans (FTP) communistes clament être les seuls vrais résistants et veulent le pouvoir, à la colère des Forces françaises de l’intérieur (FFI)… Et la faim ne cesse pas: les longues files devant les magasins presque vides continuent. La guerre civile menacera en France jusqu’en 1947 au moins. Pourtant, le gouvernement provisoire, transition politique que le général de Gaulle avait méthodiquement anticipée depuis Londres, a évité à la France la mise sous administration américaine. Il entend restaurer l’État en remplaçant le régime de Vichy, maintenir une «union sacrée» pour initier la reconstruction du pays, et permettre à la France d’être représentée aux côtés des vainqueurs lors des traités de paix. Et c’est bien le cas le 8 mai 1945: le général Sevez est aux côtés d’Eisenhower lors de la capitulation allemande.
Tu vois, Marie-Liesse, dans la joie de la libération, une autre bataille commençait: la reconstruction de la France. Nous en reparlerons!
Oncle Yann
Actuailes n°191 - 14 mai 2025
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