La population française vieillit et fait face à une pénurie grandissante de médecins, mal répartis sur le territoire. Au Parlement, une proposition de loi tente de lutter contre ces déserts médicaux, dans lesquels vit 30% de la population française.
Depuis quelques semaines, la proposition de loi du député Guillaume Garot déchaîne les passions au sein de la profession médicale. La quasi-totalité des syndicats de médecins ont appelé à une grève générale à compter du 28 avril et ce «jusqu’au retrait de la proposition de loi Garrot».
En vain. Le 2 mai, l’article 1 de la proposition est adopté à l’Assemblée nationale. Il vise à réguler l’installation des médecins généralistes et spécialistes qui, jusqu’ici, pouvaient choisir d’officier là où ils l’entendaient. Une mesure qui s’inscrit dans la lutte contre les déserts médicaux qui s’étendent de manière inquiétante en France. Mais de quoi parle-t-on ?
Un numerus clausus pour faire des économies
Un peu d’éco. La sécurité sociale est une chance, mais elle coûte cher à l’État, qui rembourse les consultations médicales. En 1973 et 1978, se produisent les chocs pétroliers, une augmentation subite des prix du pétrole, mettant un coup d’arrêt à l’économie mondiale. L’État cherche à faire des économies. L’équation est simple: moins il y aura de médecins, moins les gens auront l’idée d’aller consulter. Pour cela, il faut limiter le nombre d'entrées en faculté de médecine: c’est le numerus clausus («nombre fermé»), qui détermine chaque année le nombre de places disponibles. De plus de 8200 places en 1978, il n’en reste que 3200 en 1993.
On forme donc moins de médecins tandis que la population française vieillit. Le baby-boom des années 1950 est aujourd’hui un papy-boom. Or les personnes âgées consultent davantage, mais les disponibilités se raréfient: la France a perdu près de 10 000 généralistes depuis 2010, et la moitié de la profession partira à la retraite dans les 10 prochaines années.
Redoter les zones sous-dotées
Depuis 2020, le numerus est devenu apertus («ouvert»): les facs sont tenues de remplir un nombre minimum de places en deuxième année. Le nombre d’étudiant augmente, mais encore insensiblement par rapport aux besoins, faute de personnel pour les former.
Il y a donc trop peu de médecins, et ceux-ci sont bien mal répartis. Généralistes et spécialistes disposent d’un privilège dont ne profitent pas les autres professions médicales: ils sont libres de s’installer là où ils veulent. Résultat, les zones les plus attractives du territoire (les littoraux et les grandes villes) sont mieux soignées que les autres, souvent rurales: ce sont les déserts médicaux. Les habitants de ces zones accèdent plus difficilement à un médecin. Les inégalités sont éloquentes: pour 100000 habitants, l’Île-de-France compte 354 médecins, quand la région Centre n’en dispose que de 241 dans un territoire trois fois plus vaste !
Avec la proposition Garot, un médecin ne pourrait s’installer dans une zone déjà bien dotée qu’à la condition qu’un autre médecin parte à la retraite dans cette zone. L’objectif est d’encourager leur installation dans les zones sous-dotées. La fin d’un privilège qui pourrait aussi décourager les futures vocations pour une profession où les études sont longues, et où l’on ne compte pas ses heures.
Briac Saint Loubert Bié
Actuailes n°191 - 14 mai 2025
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