Depuis l’accession au pouvoir du président Lula en 2003 puis son retour en 2023, le Brésil se présente ouvertement comme une nation de culture africaine, ayant pour vocation d’être présente sur le continent.
Le Brésil est en effet, après le Nigeria, le pays qui compte la plus forte population noire dans le monde (90 millions se revendiquant afro-descendants). Dès lors, quels sont les liens concrets entre le Brésil et l’Afrique?
Un passé commun
Le Brésil devient indépendant en 1822, par décision de PedroIer, héritier de la couronne portugaise. Les liens avec l’ancienne métropole portugaise et la poursuite de la traite négrière jusqu’en 1850 vont durablement influencer les relations entre le Brésil et l’Afrique. La politique internationale du Brésil impérial (1822–1889), puis de sa Première République (1889–1930), s’inscrit alors dans la continuité de cette politique étrangère portugaise. Le commerce des esclaves a longtemps été un trait commun essentiel entre les deux géants, entretenu aujourd’hui de toutes parts: ainsi le président Lula s’était-il rendu à la porte du non-retour à Ouidah, symbole de la déportation des esclaves, lors de son dernier voyage au Bénin.
Des liens économiques croissants mais encore limités
Lors de son premier mandat (2003-2010), le président Lula s’était rendu sept fois en Afrique et les échanges commerciaux Brésil-Afrique étaient passés de 5 à 30 milliards, faisant du Brésil le septième partenaire du continent. Ce rapprochement n’est toutefois pas une constante, il est même complètement abandonné jusqu’à la réélection de Lula en 2023 et les chiffres demeurent dérisoires en comparaison avec les 100 milliards de l’Inde ou les 240 milliards de la Chine. Ces liens économiques concernent d’ailleurs essentiellement l’aéronautique (avions de type Embraer), les ressources pétrolières et minières, avec des méga-entreprises comme Petrobras ou Vale, qui cherchent à diversifier leurs exploitations (en dépit de ses innombrables ressources off-shore, le Brésil demeure en effet importateur net de gaz et de pétrole léger). La coopération agricole future pourrait être une piste nouvelle, du fait des similitudes éducatives et climatiques.
Une diplomatie florissante et pas uniquement lusophone
Le Brésil possède aujourd’hui 37 ambassades en Afrique, contre 17 en 2002. De même, Brasilia accueille le plus grand nombre d’ambassades africaines dans l’hémisphère Sud, avec 33représentations. Si l’on pourrait croire que ces liens se font essentiellement avec les pays d’ascendance portugaise (Mozambique, Angola, Cap-Vert), sphère d’influence naturelle du Brésil, le pays se tourne de plus en plus vers l’Afrique de l’Ouest.
Neuvième puissance économique mondiale, le Brésil se veut donc comme la locomotive des relations Sud-Sud et un modèle à suivre pour les nouveaux membres des BRICS (l’Égypte et l’Éthiopie en Afrique), dont le prochain sommet se tiendra en juillet 2025 à Brasilia. En septembre 2023, c’est d’ailleurs sous la présidence du G20 par le Brésil que l’Union Africaine avait été admise comme membre. La lune de miel, qui sert donc avant tout les intérêts brésiliens, survivra-t-elle aux prochaines élections présidentielles brésiliennes, prévues en 2026?
Guillaume
Actuailes n°193 - 18 juin 2025
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