Importé du Brésil, avant 1877, l’hévéa, «l’arbre à caoutchouc», était inconnu en Asie.
150 ans plus tard, l’Asie du sud-est représente 95% de la production mondiale. Une improbable histoire de botanique. Mais surtout de commerce…
Hevea brasiliensis
«Caoutchouc» est un mot d’origine amérindienne. Et pour cause: pendant des siècles, l’hévéa du Brésil ne poussait que dans la forêt amazonienne. Cet arbre, qui peut atteindre 30 mètres de haut, produit une substance particulière, le latex, que l’on récolte par saignée de l’écorce. Au début, il servait à imperméabiliser des tissus ou à fabriquer des balles. En 1850, l’industrie chimique est en pleine expansion; on vient de découvrir le procédé qui permet de durcir le latex à partir d’un savant mélange de soufre.
On fabrique alors des bottes, et surtout des pneumatiques, pour les bicyclettes, puis pour les automobiles et les tracteurs. Conséquence: la demande en latex explose sur le marché, et la production artisanale du Brésil ne suffit pas à répondre aux besoins. L’Amérique du sud et l’Asie du sud-est sont deux régions du monde qui offrent un climat tropical humide propice à la croissance de cette espèce végétale, mais plusieurs milliers de kilomètres les séparent. Par quel miracle de la botanique cette délocalisation s’est-elle réalisée?
L’arbre voyageur
Les Anglais rêvaient d’implanter l’hévéa dans leurs colonies asiatiques, en Malaisie et à Ceylan (Sri Lanka). En 1876, Henry Wickham, explorateur britannique établi en Amérique latine depuis plusieurs années, fait récolter 74000 graines d’hévéa – presque une tonne – transportée à travers la forêt à dos d’homme, par des Indiens d’Amazonie. Précieusement emballée dans des feuilles de bananier et transportée dans des paniers en rotin, au nez et à la barbe des douaniers brésiliens, la cargaison traverse clandestinement l’Atlantique et arrive à Liverpool le 10 juin, pour être replantée au jardin botanique de Londres une semaine plus tard.
Quelques centaines de graines parviennent à germer. Au mois d’août, des plantes sont en route pour les Indes. À l’arrivée à Singapour, il reste onze jeunes plants viables. Il faudra encore attendre une dizaine d’années pour en recueillir les premières graines, qui permettront de créer les premières plantations. Ces onze plants sont à l’origine de la quasi-totalité des cultures asiatiques actuelles. La France, avec les frères Michelin, développera aussi cette activité en Indochine dans les années 1920. De greffes en clonages, l’offre se concentrera assez vite entre quelques pays d’Asie, tandis que la production brésilienne déclinera en raison d’un champignon pathogène.
C’est ainsi que l’hévéa du Brésil fait aujourd’hui la richesse de la Thaïlande, de la Malaisie et de l’Indonésie, où l’on récolte les trois quarts des dix millions de tonnes produites chaque année.
De l’hévéa à Dunlop
En 1887, John Boyd Dunlop, vétérinaire écossais, est l’inventeur du tout premier pneu à air. Il a l’idée d’entourer les roues en bois du tricycle de son fils avec des tubes en caoutchouc remplis d’air. Début d’une longue histoire pour le pneu.
Le savais-tu ?
La vulcanisation, procédé chimique où le caoutchouc est traité avec du soufre pour le rendre insoluble et diminuer sa sensibilité à la chaleur et à la lumière, a été découverte par Charles Goodyear (américain) par erreur. Vulcanisation vient du dieu romain Vulcain.
Emmanuel
Actuailes n°193 - 18 juin 2025
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