La semaine dernière, Luiz Inácio Lula, président du Brésil, s’est rendu en visite d’État en Europe.
Il est allé notamment à Paris, à Lisbonne et à Berlin, pour échanger sur la guerre en Ukraine et sur l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur (zone commerciale rassemblant des pays d’Amérique du Sud).
Mais Lula n’est pas un président comme les autres: avec un passé judiciaire controversé, en Europe comme dans son pays, son image divise.
Un président au passé compliqué
Lula fut d’abord très populaire lors de ses deux premiers mandats (2003-2010) grâce à des programmes sociaux qui visaient à diminuer l’extrême pauvreté. Mais il a ensuite été impliqué dans des scandales de corruption. Condamné en 2018, sa peine a été annulée en 2021, laissant un sentiment d’incertitude sur sa réputation. Il est revenu à la présidence en 2023, à la suite de Jair Bolsonaro, après un scrutin serré et une campagne très polarisée, souvent violente.
Un message qui bouscule l’Europe
Durant son voyage, Lula a considéré que la responsabilité de la guerre en Ukraine devait être partagée et que la paix viendrait par la négociation et non par l’affrontement armé. Cette voix discordante avec l’esprit belliqueux européen de ces derniers mois a choqué.
Mais, pour Lula, neutralité ne veut pas dire effacement. Cette neutralité fait du Brésil un acteur majeur du «Sud global», nom donné à un ensemble de pays qui ne s’alignent pas sur les États-Unis, la Chine ou l’Union européenne. Cette voix indépendante, similaire à celle de la France dans les années 1960-70 lors de la guerre froide, attire de nombreux pays d’Afrique ou d’Asie.
Un pays entre foi et géopolitique
Ce positionnement singulier de Lula s’appuie aussi sur un autre aspect, souvent sous-estimé: avec plus de 120 millions de fidèles, c’est le pays qui compte le plus de catholiques au monde. Et Lula sait jouer de cette image: il emploie souvent des références chrétiennes pour parler de paix, de pardon ou de fraternité; et cette place lui offre une certaine aura dans le monde chrétien.
Pour le Brésil, déjà très en phase avec la vision sociale du pape François, l’élection du pape LéonXIV n’apporte pas de changement particulier. Le nouveau pontife, aux origines nord-américaines et sud-américaines, semble lui-aussi vouloir rapprocher les peuples du Sud et du Nord. Lula emprunte ce même langage universel, et appelle à la paix: il trouve donc auprès du nouveau pape un soutien de poids.
Des réactions partagées
Pour ses partisans, Lula incarne l’espoir d’un Brésil indépendant et capable de proposer une autre voie. Pour ses détracteurs, il ressemble à un président qui se construit une image internationale sans avoir encore réparé les failles internes: institutions affaiblies, climat politique tendu, et mémoire encore vive des scandales.
Quel rôle pour le Brésil ?
Le Brésil demeure une puissance régionale, avec une économie forte et une influence culturelle mondiale. Mais, pour que sa voix compte vraiment, Lula devra convaincre qu’elle s’appuie sur des actes solides, et pas seulement sur des discours: reconstruire la confiance entre le peuple et ses élites, faire fonctionner les institutions et diminuer la violence quotidienne.
Alexis
Actuailes n°193 - 18 juin 2025
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