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Élection présidentielle en Côte d’Ivoire

23-09-2025 à 13:53:00

À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre, la Côte d’Ivoire se trouve dans une position délicate. Le président Alassane Ouattara brigue un quatrième mandat, une décision controversée, tandis que l’exclusion de certaines figures de l’opposition alimente des inquiétudes grandissantes sur la stabilité du pays, apparente, mais fragile.  

Le 29 juillet dernier, l’actuel président ivoirien, Alassane Ouattara, âgé de 83 ans, annonçait sa candidature aux élections. Cette annonce déplaît à ses opposants qui mettent également en doute la constitutionnalité de son troisième et actuel mandat. En effet, à l’issue de deux mandats, il avait obtenu du Conseil constitutionnel ivoirien la possibilité de se représenter une troisième fois en 2020. Le motif en était que la proclamation de la IIIe République au cours de son deuxième quinquennat avait remis les compteurs à zéro. Il brigue donc l’équivalent d’un deuxième mandat dans l’actuelle République; ce cas se présente souvent en Afrique. 

Situation politique  

Les partisans de l’actuel président justifient cette nouvelle candidature par la nécessité de maintenir la stabilité du pays. Celle-ci a été acquise par la fin de la crise politico-militaire de 2010-2011 et l’achèvement des grands chantiers économiques engagés  

L’opposition critique cette nouvelle candidature, qu’elle qualifie de «passage en force», voire de dérive autoritaire. En effet, elle a une interprétation différente de la situation et considère que, du point de vue de la présidence, il n’y a pas de rupture entre les deux constitutions. Elle reproche aussi au président de ne pas passer la main à un éventuel successeur.  

D’autre part, le triste souvenir de la dernière «crise» (2010-2011), qui avait causé la mort de près de 3000 personnes, reste toujours présent dans l’esprit de la population. Beaucoup craignent que, de ces tensions, découlent des contestations ou des violences, ainsi que dans le cas où le scrutin serait jugé biaisé.  

Dans le pays 

Ces tensions commencent à être visibles sur le terrain. Par exemple, des milliers de militants du PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire) ont manifesté le 14 juin dernier, réagissant contre l’exclusion du processus électoral de leur candidat, Tidjane Thiam, aux cris de «CIE corrompue» (Commission électorale indépendante).  

Quels candidats? 

En plus d’Alassane Ouattara, les électeurs ivoiriens auront le choix parmi quatre autres candidats, retenus sur la liste originelle de soixante noms.  

  • Simone Ehivet Gbagbo, ex-femme de l’ancien président Laurent Gbagbo, se présente à la tête de sa propre formation, fondée en aout 2022, le Mouvement des Générations Capables (MGC). 

  • Henriette Lagou, ancienne ministre, avait déjà été candidate en 2015. 

  • Jean-Louis Billon, candidat du Congrès démocratique (CODE); il est ancien ministre du commerce et actuel député. 

  •  Ahoua Don Mello, militant du PPA-CI (Parti des Peuples Africains), se présente comme une «candidature de précaution», bien que désavoué par son parti.  

Quatre poids lourds de l'opposition, également candidats, ont toutefois été exclus du scrutin. Il s’agit de l’ancien président Laurent Gbagbo (2000-2011), son ancien bras droit Charles Blé Goudé et l'ancien Premier ministre en exil, Guillaume Soro, tous trois radiés de la liste électorale pour des condamnations en justice. Le leader du principal parti d’opposition, le PDCI, Tidjane Thiam, a lui aussi été écarté par la justice pour des désaccords au sujet de sa nationalité.  

Bien que les autorités nient toute intervention politique, ces condamnations contribuent toutefois à alimenter les tensions, présentant un jeu politique qui paraît verrouillé, d’autant plus que le cas n’est pas isolé en Afrique. En effet, les opposants se retrouvent souvent écartés, même si c’est parfois moins subtilement, il est vrai, que pour l’élection ivoirienne (Niger en 2023, Bénin en 2019-2021, etc.). De ce fait, une méfiance envers les institutions se développe, et ajoute aux tensions, bien qu’en apparence une grande tranquillité règne dans le pays.  

Comme souvent, afin de veiller à la transparence du scrutin, et donc à la stabilité de la situation, des observateurs internationaux sont ou seront déployés: CEDEAO1, Union africaine, Union européenne et Nations unies; tous insistent sur une élection transparente et inclusive. 

Enfin, la présidentielle d’octobre 2025 constituera une sorte de test pour la stabilité en Côte d’Ivoire. Le résultat du scrutin semblant presque joué d’avance devant une opposition désorganisée, il est clair que, pour les acteurs économiques comme pour une partie de l'opinion, la stabilité passera sans doute avant l'alternance démocratique. Pourtant, malgré un calme apparent, des tensions politiques sont néanmoins présentes, et seul le proche avenir nous éclairera sur la suite des événements.  

 

Le savais-tu? 

La Côte d’Ivoire est un pays d'Afrique de l’Ouest doté de stations balnéaires, de forêts tropicales et d’un patrimoine colonial français 

Le français est la langue officielle de la Côte d’Ivoire et plus de 80% des habitants du pays le comprennent et le parlent. 

1893 – Création de la Côte d’Ivoire en tant que colonie française autonome. 

1904– La Côte d’Ivoire devient l’un des départements de l’Afrique Occidentale française. 

1956– La Côte d’Ivoire devient un territoire français d’outre-mer. 

1958– La Côte d’Ivoire devient République autonome dans la cadre d’une association avec la France appelée Communauté. 

1960–7 août: la Côte d’Ivoire proclame son indépendance.  

Valentin Slove

Actuailes n°195 - 24 septembre 2025


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