Dans beaucoup de pays, comme en France, les pouvoirs publics se préoccupent très sérieusement de l’addiction aux écrans, en particulier chez les jeunes, et de ses conséquences. Essayons de comprendre de quoi il s’agit.
L’addiction a été définie comme un «processus par lequel un comportement, pouvant permettre à la fois une production de plaisir et d’écarter ou d’atténuer une sensation de malaise interne, est employé d’une façon caractérisée par l’impossibilité répétée de contrôler ce comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives». Ce comportement peut être la consommation de substance actives sur notre cerveau, comme le tabac, l’alcool, les drogues… mais il existe des addictions sans substances, comme les jeux de hasard, le sport de haut niveau ou encore l’utilisation des écrans. En ce qui concerne les écrans, l’addiction concerne essentiellement les vidéos, les applications et les réseaux sociaux.
Que se passe-t-il dans notre cerveau?
L’addiction est un dérèglement du «système dopaminergique de la récompense»: les neurones (cellules du cerveau) communiquent entre eux grâce à des neurotransmetteurs (NT), petites substances qui circulent de l’un à l’autre. La dopamine est un NT qui régule dans notre cerveau la motivation, la mémorisation, notre activité motrice, mais aussi la «récompense». C’est un sentiment de bien-être devant un événement ou une sensation (quand j’ai faim et que je mange; quand j’ai une surprise agréable, etc.). Les drogues augmentent la concentration de dopamine et donc donnent une sensation de bien-être très rapide et puissante.
Les applications et vidéos sont aussi faites pour provoquer des «récompenses» régulières: apparition d’une image qui nous intéresse, d’un commentaire positif, proposition qui correspond à ce qu’on a déjà regardé… tout cela fait secréter de la dopamine. Le cerveau interprète ce signal comme une «bonne surprise» et va répéter ce qui l’a entraînée. Quand il s’agit de récompenses naturelles (quand on mange, qu’on boit…), l’activation des neurones à dopamine diminue au fur et à mesure, donc nos comportements sont régulés, contrôlés. Dans le cas des addictions, il n’y a pas de mécanisme de contrôle: on va chercher à répéter toujours davantage ces comportements: c’est la dépendance.
Quand est-on dépendant?
Lorsqu’on a un sentiment de vide ou de stress en l’absence d’écrans, lorsqu’on devient agressif ou colérique pour les obtenir, lorsqu’on ne s’intéresse plus aux gens ou à d’autres activités, lorsqu’on fuit les décisions ou les responsabilités. Cette dépendance isole, entraîne un repli sur soi, des difficultés de mémoire et une baisse des performances à l’école ou au travail. Entre autres…
Le sujet est donc essentiel, c’est comme un nouveau type de drogue, bien étudiée pour nous rendre esclaves: elle concerne aussi bien les adultes que les enfants. Vous avez les moyens de faire le diagnostic, et vous connaissez le traitement…
Docteur Anne-Sophie Biclet
Actuailes n°199 - 10 décembre 2025
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