Le dimanche 7 décembre 2025, le Bénin a vécu un moment très fort et inquiétant. Un groupe de soldats a affirmé, à la télévision nationale, qu’ils prenaient le pouvoir.
Ils ont déclaré qu’ils destituaient le président — Patrice Talon — et dissolvaient toutes les institutions du pays. Ils disaient même avoir nommé un nouveau dirigeant, le lieutenant-colonel Pascal Tigri.
Très tôt le matin, des militaires sont apparus à l’écran de la télévision publique du Bénin, suivant la mise en scène traditionnelle des coups d’État en Afrique, et ont annoncé avoir renversé le gouvernement avant de couper les communications. Ils prétendaient agir en vue de réformer le pays, accusant le président Talon de dérive dictatoriale et de désintérêt de la situation sécuritaire dans le nord du pays. Mais ce qu’ils avaient prévu n’a pas duré longtemps. Le reste de l’armée, fidèle au gouvernement, est intervenu très vite. Des troupes loyales ont repris le contrôle, la télévision a été rétablie et l’ordre public a été restauré.
Échec de la tentative
Le ministre de l’Intérieur a confirmé que la tentative de putsch a été «mise en échec» et que le président Patrice Talon était en sécurité. Ce qu’il a confirmé lui-même dans une courte adresse à la nation dimanche soir, affirmant que la situation était «totalement sous contrôle» et que la «sécurité et l’ordre public seront maintenus partout sur le territoire national». L’armée régulière a protégé le pays et assuré la sécurité. L’Union africaine comme la CEDEAO ont condamné cette action des douze mutins arrêtés, rappelant que, dans leurs textes, toute prise de pouvoir par la force est rejetée.
Cette tentative confirme une fois de plus la recrudescence des coups d’État en Afrique, le dixième en cinq ans. Pas plus tard que le 26 novembre dernier, des militaires avaient pris le contrôle des sites stratégiques en Guinée-Bissau à la veille de l’annonce des résultats des élections présidentielles et législatives. Les putschistes ont affirmé avoir agi pour empêcher une manipulation du scrutin, mais n’ont par la suite pas été en mesure de publier les résultats des élections en raison de la destruction de procès-verbaux et de matériel électoral. Un Conseil national de transition y a été installé depuis.
Signal d’alarme
Entre mauvaise foi, soif de pouvoir et abus d’autorité des dirigeants en place, ces tentatives rappellent la grande volatilité des régimes africains. Ce signal d’alarme doit être pris avec le plus grand sérieux par le président béninois, à quatre mois des élections d’avril 2026. S’il est salué pour le développement économique du Bénin, Patrice Talon est régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir opéré un virage autoritaire dans un pays autrefois salué pour le dynamisme de sa démocratie. De plus, le Bénin traverse une grande période de turbulences, menacé au nord par la descente des groupes terroristes implantés au Sahel: le Nigeria, grand pays voisin, a bien compris l’intérêt de la stabilité du Bénin en envoyant dès le dimanche 7 décembre des avions de chasse pour appuyer l’action des forces loyalistes. La France a quant à elle appelé ses ressortissants à la plus grande prudence.
Guillaume
Actuailes n°199 - 10 décembre 2025
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