Emmanuel Macron souhaite créer un label journalistique, qu’il estime essentiel afin de lutter contre les fausses informations.
«On doit distinguer les sites qui font de l’argent avec de la pub personnalisée et les sites d’information.» C’est ainsi qu’Emmanuel Macron justifiait, le 19 novembre dernier, sa volonté de créer un label de certification des médias. Cette déclaration a divisé la sphère médiatique entre partisans et opposants à cette proposition. En quoi consiste cette idée et pourquoi divise-t-elle tant?
Qu’est-ce qu’un label ?
Il y a beaucoup de labels, et tu en connais sûrement quelques-uns: Appellation d’origine protégée ou contrôlée (AOP/AOC), ou encore Label rouge. Ces labels sont des garanties: ils certifient au consommateur la qualité des produits estampillés. Un label peut être décerné par l’État, un organisme privé agréé, ou une association reconnue.
Pour être certifié, un produit doit répondre à une série de normes, qui varient selon le label visé. Par exemple, un camembert, pour être labellisé AOC, doit être composé du lait de vaches normandes, être produit et affiné dans cette région, et fabriqué selon un savoir-faire traditionnel précis.
Labelliser la fiabilité journalistique
Un label n’a pas vocation à interdire tout ce qui ne respecte pas les critères qu’il promeut, mais permet de certifier la qualité de certains produits. Le chef de l’État cherche à élaborer un dispositif similaire pour les médias. Le travail journalistique est aujourd’hui noyé dans un puissant flux informationnel de médiocre qualité. En d’autres termes, il devient de plus en plus difficile de distinguer les médias dignes de confiance des autres, et donc de repérer et se protéger des fausses informations.
À l’instar des produits alimentaires, ce «label médiatique» pourrait être obtenu par un organe de presse qui en ferait la demande, à la condition qu’un organisme agréé ait vérifié que son processus de transmission de l’information respecte les règles du travail journalistique. Il s’agit de donner aux lecteurs et auditeurs des repères pour reconnaître une information fiable.
Qui peut labelliser le journalisme?
On peut déjà se faire une idée de ce à quoi ressemblerait un tel label avec le Journalism Trust Initiative (JTI, pour «initiative pour la confiance dans le journalisme») lancé en 2019 par l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF), et cité en exemple par le chef de l’État. Le JTI évalue la transparence d’une structure médiatique, son indépendance et son respect des standards journalistiques.
Mais ce label n’a pas encore de valeur officielle, et Emmanuel Macron voudrait aller plus loin en créant un label national. Bien qu’il ait assuré les Français de l’indépendance de l’organisme qui serait chargé de décerner cette certification, beaucoup craignent qu’un tel dispositif ne finisse par hiérarchiser les médias entre «labellisé» et «non labellisés». L’objectivité des juges chargés de cette évaluation est déjà mise en doute, dans une profession où les acteurs sont rarement neutres, faisant planer un vrai risque sur la liberté de la presse.
Briac Saint Loubert Bié
Actuailes n°199 - 10 décembre 2025
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