Chère Félicité,
En 2026, commençons par une victoire éclatante! Parmi les plus brillantes de Bonaparte, la bataille de Rivoli, les 13-14 janvier 1797, tient une place si importante qu’elle reste inscrite dans les plis de l’étendard du 5e régiment de Cuirassiers et de tant d’autres emblèmes français.
Après la Révolution, la France a des volontés d’expansion, qui inquiètent en Europe. Aux ordres de Bonaparte, l’armée française se lance dans la campagne d’Italie, où elle affronte une première coalition menée par l’Autriche, que gouvernent les Habsbourg. Ceux-ci possèdent entre autres Mantoue, au cœur de l’Italie du Nord. Le vieux duché des princes de Gonzague est comme un verrou, que doit ouvrir Bonaparte: il en fait le siège.
Les Autrichiens considèrent que Bonaparte a eu de la chance lors de la bataille précédente, à Arcole; ils ont aussi besoin de secourir Mantoue assiégée par les Français. La bataille se joue à Rivoli Veronese, par un froid terrible. Malgré la fièvre, le futur empereur des Français fait parler son génie militaire: il comprend l’intention ennemie et déplace très vite ses troupes, coupe les communications autrichiennes et crée des surnombres aux endroits et moments favorables. Entouré d’excellents généraux – Brune, Joubert, Berthier, Masséna, Augereau –, il galvanise les soldats: «Alors Napoléon, qui n’était encore que Bonaparte, nous souffle je ne sais quoi dans le ventre», dira l’un des personnages de Balzac. En face, dans sa tentative de manœuvrer les Français, le général autrichien Alvinczy oublie un grand principe de la guerre: il divise ses forces au lieu de concentrer ses efforts. Pourtant, il semble d’abord réussir à encercler les Français: Joubert est en grande difficulté. C’était compter sans la réactivité et la détermination françaises: voilà Masséna et les siens qui débouchent à point nommé, créant la surprise. Ils viennent de faire 148 km en deux jours dans la neige. Grâce à leur héroïsme, les Autrichiens refluent. Bonaparte engage alors sa réserve au bon moment: la charge de cavalerie de Lasalle sème la panique. L’aile gauche autrichienne est mise en déroute, libérant davantage de Français pour se concentrer sur le centre des lignes ennemies. Celles-ci cèdent bientôt; l’aile droite à son tour, isolée, incapable de soutenir la lutte, doit se rendre. Mantoue capitule 15 jours plus tard, ouvrant la route vers Vienne.
Devenu empereur des Français, Napoléon nomme Masséna, surnommé «l’enfant chéri de la victoire», duc de Rivoli, et il distingue Joubert comme Lasalle. Mais personne n’est dupe: cette victoire est le fruit des extraordinaires facultés personnelles de Bonaparte – complétées de la ténacité et de l’initiative de ses subordonnés. À Rivoli, c’est la tactique napoléonienne du mouvement qui triomphe. Elle sera objet d’inspiration pour l’armée française et toutes ses voisines.
À très bientôt,
oncle Yann
Actuailes n°200 - 14 janvier 2026
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