facebook logo Twitter logo

facebook logo Twitter logo Linkedin logo

Logo Header
Télécharger dernier numéro

Mon ami Théo

27-01-2026 à 11:44:00

Aujourd’hui, en consultation, je reçois Théo. Alors que je finis avec mon patient précédent, on entend dans la salle d’attente une agitation inhabituelle. Quand je l’appelle, Théo est en train d’essayer de s’en aller.  

Ce grand garçon de 12 ans ne dit rien de clair, il gémit en tirant le bras de sa maman. Son regard semble perdu, et autour de lui, les autres petits patients le dévisagent avec perplexité, ne comprenant pas son attitude. Théo est porteur d’un trouble du spectre autistique sévère (TSA). Il me faudra plusieurs minutes pour que Theo me reconnaisse et accepte que je l’ausculte, à son rythme, en répétant tous les derniers mots de mes phrases. Il déteste qu’on le touche; quand je le mesure, le bruit de la toise qui descend l’inquiète. Il nous faudra, avec sa maman, chanter des chansons, nous déplacer en rythme à côté de lui, pour parvenir à le vacciner sans le contenir. À la fin, tout à coup, Theo me prend dans ses bras, et sa maman sourit de nous voir côte à côte, sereins.  

TSA? 

On utilise souvent le mot «autisme» pour simplifier mais, en réalité, le TSA regroupe des situations très différentes. Il s’agit d’un trouble du neurodéveloppement (du développement du fonctionnement du cerveau). Il touche probablement 1% de la population, ce qui est très fréquent, et trois fois plus souvent les garçons. Même si les tableaux sont très variables, il existe des points communs entre les patients: une difficulté dans les interactions sociales (dans les relations, la communication avec les autres), des centres d’intérêt précis et restreints, et une certaine rigidité mentale (difficultés à accepter les changements, beaucoup de rituels pour se rassurer). Il existe aussi d’énormes différences: on peut avoir un TSA avec ou sans trouble du langage, avec des capacités intellectuelles normales, voire excellentes, ou, au contraire, comme Théo, avec un retard important.  

Cause? 

On connaît aujourd’hui différents facteurs qui peuvent favoriser la survenue d’un TSA, mais beaucoup de choses restent à découvrir pour comprendre ces mécanismes: la mutation de certains gènes, la prématurité, une infection pendant la grossesse…  

Prise en charge 

La prise en charge est variable selon les cas: on peut avoir une scolarité normale, une vie de famille et une bonne insertion dans la société en ayant simplement besoin d’un accompagnement par une psychologue, d’exercices en groupe pour mieux comprendre comment s’adapter aux réactions de l’autre. On peut, comme Théo, avoir besoin: d’un orthophoniste pour s’exprimer, au début avec des images, puis en apprenant à parler; d’un psychomotricien pour savoir comment réagir à une consigne, organiser sa pensée pour réaliser une tâche; d’un psychiatre lorsque les angoisses deviennent trop envahissantes et empêchent la vie quotidienne (prendre les transports, attendre dans une file…); et d’écoles spécialisées.  

Alors, si vous avez dans vos classes des camarades pour qui les relations avec les autres sont difficiles, qui ont du mal à comprendre l’humour, à vous regarder dans les yeux, qui s’isolent souvent, n’hésitez pas à aller vers eux pour nouer une relation en respectant leur rythme. Le TSA n’empêche pas d’être un ami!!! Et, si vous croisez un jeune comme Theo, dans un magasin, dans le bus, chez votre médecin, faites-lui un sourire, ne vous éloignez pas: un environnement heureux et accueillant sera pour lui et ses proches une aide précieuse! 

Dr Anne-Sophie Biclet

Actuailes n°201 - 28 janvier 2026

 


2 votes


Imprimer