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Le Groenland sous haute tension

27-01-2026 à 12:08:00

À peine le président des États-Unis a-t-il fait tomber le dictateur vénézuélien qu’il a annoncé son intention de s’emparer, au besoin par la force, du Groenland, territoire appartenant au Danemark.  

«Tout ce que les États-Unis demandent, c’est un endroit appelé Groenland»; «Nous voulons ce morceau de glace», a déclaré le président Donald Trump ce 21 janvier. 

Pourquoi Trump s’intéresse-t-il au Groenland? 

D’abord pour ses richesses naturelles: le sous-sol du Groenland renferme d’immenses quantités de pétrole (17,5 milliards de barils), de gaz (4,2 milliards de m3), des minerais et des terres rares. Ensuite pour sa situation stratégique: placé entre l’Amérique, la Russie et l’Europe, le Groenland est situé idéalement pour installer un bouclier antimissile qui protège les USA de toute attaque venant de la Russie, de la Chine ou de l’Iran. Il permet aussi de contrôler les routes commerciales qui, du fait de la fonte des glaces, s’ouvrent au pôle Nord, et de surveiller le trafic maritime ou sous-marin des Russes tentant de rejoindre l’Atlantique. 

Une brutalité déroutante  

Si l’idée d’annexer le Groenland n’est pas nouvelle aux USA (plusieurs présidents américains ont déjà proposé de l’acheter en 1867, 1910, 1946 et 1955), la façon de faire de Donald Trump choque, et tout particulièrement les Danois, alliés très fidèles des États-Unis. Depuis 1951, en effet, un accord de défense signé entre Washington et Copenhague permet aux USA de posséder sur l’île un grand nombre de bases militaires, ainsi qu’une grande liberté d’action et de mouvement. L’argument de Donald Trump, selon lequel la possession du Groenland est essentielle à la sécurité des USA, est donc fallacieux. Les menaces d’utiliser la force ou d’user de représailles économiques contre les pays s’opposant au projet américain apparaissent comme un chantage odieux. 

Une réponse ferme des Européens 

Le Danemark a refusé la proposition de Trump, affirmant que le Groenland n’est pas à vendre. Soutenus par 8 pays européens qui ont fourni des soldats (dont la France), les Danois ont immédiatement organisé un exercice militaire au Groenland, pour démontrer la capacité de l’Europe à protéger cette terre des Russes comme des Chinois.  

Jusqu’où iront les USA? Si Donald Trump semble avoir renoncé à employer la force, sa volonté d’acquérir la terre arctique est intacte. Cédera-t-il en se contentant de réactiver les bases américaines du Groenland, et en laissant croire qu’il a obtenu ce qu’il voulait pour masquer sa déconvenue? Obtiendra-t-il davantage en négociant un nouvel accord avec les Danois ? Reviendra-t-il à la charge en menaçant et exigeant à nouveau l’annexion du Groenland? La seule certitude est que cet épisode a ébranlé très profondément l’alliance entre les États-Unis et les pays européens, et que ces derniers doivent se hâter d’être militairement autonomes pour assurer eux-mêmes leur défense. 

Marie Berthoz

Actuailes n°201 - 28 janvier 2026


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