Le 27 janvier dernier, l’UE annonçait la signature d’un grand accord de démantèlement douanier avec l’Inde, quelques jours à peine après la signature d’un accord comparable avec l’Amérique du Sud.
«Partenariat entre les deux plus grandes démocraties du monde», l’accord prévoit une réduction des droits de douane qu’applique l’Inde sur ses importations européennes de produits industriels, de services financiers et logistiques, ainsi que de produits agricoles, comme le vin ou l’huile d’olive, etc. On ignore encore cependant les contreparties obtenues par l’Inde en échange.
Contexte géopolitique
La situation géopolitique actuelle oblige les dirigeants de l’UE à l’action. Depuis 1947, les Européens s’étaient résignés à suivre la politique économique des USA, qui avaient imposé leurs intérêts à l’Europe de l’Ouest par la signature du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade). L’UE avait ensuite renforcé ce suivisme lors de la création de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 1995, et plus encore, dans les années 2000, avec celle du «cycle de Doha».
Or, en 25 ans, cette mondialisation massive profita principalement à trois économies: USA, Allemagne, mais surtout… Chine. Celle-ci, d’usine du monde, en est devenue le poumon économique.
Aujourd’hui
Les USA ont réalisé que la Chine est leur rival stratégique numéro un. C’est pourquoi le président Trump s’efforce de défaire la mondialisation: relance de droits de douane massifs, protectionnisme «America First», réindustrialisation et obligation faite aux Européens de financer eux-mêmes leurs armées et la guerre en Ukraine. À la ligne sans saut
Les Européens, dont la locomotive économique allemande est brisée, doivent se tourner vers d’autres zones pour espérer commercer. D’où la signature du Mercosur début janvier et de cet accord avec l’Inde.
Pourquoi l’Inde?
Pays le plus peuplé du monde, il connaît une croissance économique enviable (6% par an). Surtout, l’Inde fonctionne comme une démocratie… bien que très relative, à cause de la pauvreté immense, de la corruption généralisée, du système de castes qui conditionne encore le vote, des violences inter-ethniques et religieuses qui fragilisent le pays et des fraudes électorales massives qui permettent de douter des résultats dans un pays encore très archaïque.
L’expérience des traités signés avec la Chine dans les années 2000 incite à la plus grande méfiance. Pour rattraper un siècle de retard technologique, la Chine avait commencé par attirer les usines grâce à ses ouvriers, mal payés mais disciplinés, et à un soutien étatique massif. Ayant accumulé d’immenses réserves financières, elle a ensuite acheté les produits occidentaux de pointe (avions, trains, etc.), à condition qu’ils soient fabriqués en Chine. En parallèle, elle a formé ses élites dans les universités occidentales tout en généralisant l’espionnage technologique, la contrefaçon et les viols de propriété intellectuelle. Enfin, elle a offert son «aide» aux pays d’Europe surendettés en 2008 en leur prêtant des fonds ou en rachetant leurs infrastructures critiques, pour mieux les influencer et diviser ensuite l’UE.
Grâce à cette stratégie, la Chine est passée de la 6e économie mondiale en l’an 2000 à la 2e aujourd’hui, tandis que la France a reculé de la 5e à la 7e place…
Ziegfried
Actuailes n°202 - 11 février 2026
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