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Boualem Sansal devient «immortel»

10-02-2026 à 11:28:00

Le 29 janvier dernier, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été élu à la quasi-unanimité au fauteuil n°3 de l’Académie française. Une élection qui couronne le talent aussi bien que le courage d’un auteur irrésistiblement libre. 

Il y a un peu plus d’un an, Boualem Sansal était incarcéré en Algérie pour «atteinte à l’unité nationale». L’écrivain franco-algérien, opposant inexorable au pouvoir algérien dès ses premières publications dans les années 1990, avait alors affirmé qu’une partie de l’ouest du pays était un territoire historiquement marocain dans les colonnes du magazine Frontières. 

Depuis le 29 janvier, il occupe le fauteuil n°3 de l’Académie française. Boualem Sansal avait d’abord été condamné à 5 ans de prison ferme par la justice de son pays d’origine, mais la médiation décisive de l’Allemagne a permis sa libération dès le 12 novembre dernier. Ne pouvant plus désormais se rendre librement en Algérie après la désactivation de son passeport, Boualem Sansal a trouvé parmi les «immortels» de l’Académie le meilleur des refuges, et la consécration d’une œuvre littéraire cohérente et sans concession.  

Une élection politique ? 

L’élection de Boualem Sansal sous la Coupole est d’abord un puissant symbole: à travers lui, c’est la figure du résistant que les académiciens saluent. Ils rappellent ainsi que le pouvoir politique et les forces partisanes ne peuvent réduire l’écrivain au silence, et réaffirment l’inviolabilité de la liberté d’expression quand elle ne cesse de régresser partout à travers le monde.  

Mais le symbole n’efface pas l’exercice littéraire. Au-delà de son engagement politique, Boualem Sansal n’a plus à prouver ses qualités d’écrivain: ce natif du sud algérien a séduit largement dans le vaste espace francophone par sa maîtrise irréprochable de la langue française et son sens de la narration. Les prestigieux prix qu’il a remportés, tels les prix Renaudot et Cino del Duca, témoignent d’ailleurs de sa plume. Dès 2015, les «immortels», qui lui remettaient le Grand Prix du roman de l’Académie française, reconnaissaient en «tous ses livres un hommage éclatant à la force et à la richesse de la langue française». 

Boualem Sansal: incarnation de la vocation de l’Académie 

Et c’est d’ailleurs cet exercice de style mis au service d’une pensée libre qui font de Boualem Sansal un académicien idéal. Arabophone de naissance, l’écrivain revendique souvent avoir «choisi» plutôt que «subi» le français, qu’il considère comme la langue de l’émancipation et de la liberté intellectuelle. 

Une conviction plutôt cohérente avec le travail qui l’attend depuis son fauteuil n°3, dans une institution qui, depuis 1635, œuvre à la préservation et l’unité de la langue française au sein de l’espace francophone. Sous la coupole de l’Académie française, Boualem Sansal pourra utiliser une fois encore sa langue d’adoption pour promouvoir la liberté qui a été le fil conducteur de toute son œuvre littéraire auprès des quelque 320 millions de locuteurs que compte le français à travers le monde. 

Briac Saint Loubert Bié

Actuailes n°202 - 11 février 2026


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