facebook logo Twitter logo

facebook logo Twitter logo Linkedin logo

Logo Header
Télécharger dernier numéro

Dans une école chinoise

20-04-2026 à 15:22:00

Les petits écoliers chinois ont-ils la même vie que vous ? Dans un certain sens, oui bien sûr. Les cours de récréation, d’un pays à l’autre, sont sensiblement les mêmes: on y court, on y crie, on y joue à l’élastique ou à la corde à sauter…  

Mais on y passe aussi pas mal de temps pour faire les exercices sportifs quotidiens, toutes classes confondues. Vous y voyez alors 500 élèves, parfois beaucoup plus, ainsi que leurs maîtres, courir selon une trajectoire bien particulière pour que personne ne se rentre dedans. Vous pourrez également les voir tous ensemble sauter à la corde, au rythme d’une musique effrénée que crachent les haut-parleurs. Le spectacle impressionnerait n’importe quel badaud étranger. C’est parfois enfin de lents mouvements de tai-chi que les élèves apprennent.  

Cependant, c’est à l’intérieur des classes que vous seriez peut-être le plus surpris. 

D’abord, les classes sont très nombreuses, avec en moyenne 50 enfants pour un maître. Ce qui oblige souvent l’enseignant à parler dans un petit micro accroché au cou. 

 

L’enseignement du chinois 

La majorité des heures de cours est consacrée à l’apprentissage exigeant du mandarin et de ses caractères. 

Le chinois, comme vous le savez sûrement déjà, est une langue sémantique (ou idéographique), c’est-à-dire que chaque symbole représente une idée. Par exemple, le caractère 书 signifie «livre» (on le reconnaît à sa forme, pas en le prononçant). Les langues sémantiques sont beaucoup plus rares que les langues phonétiques comme le français, l’anglais ou l’arabe (dans ces langues, chaque symbole représente un son, on assemble ces sons pour former des mots). Une langue sémantique est donc beaucoup plus longue et exigeante dans son apprentissage (40 000 caractères chinois, contre 26 lettres dans notre alphabet). 

C’est pourquoi, dès l’âge de 6 ans, et jusqu’à l’université, les élèves chinois passent plusieurs heures par jour à apprendre les caractères. La première année (l’équivalent de notre CP), l’élève apprend aussi la transcription phonétique des caractères, il doit donc également apprendre notre alphabet occidental. C’est ce qu’on appelle le pinyin, qui indique les sons et les tons (il y en a 4 en chinois). Le caractère 书 est transcrit en pinyin: shū. Mais des sons shū, il y en a plusieurs dizaines! C’est pourquoi le pinyin seul ne suffit pas à comprendre les mots. Pour ce qui est de l’écriture, là aussi, il faut travailler dur pour s’exercer à correctement calligraphier les caractères. Non seulement il faut être lisible, car le moindre petit trait qui ne serait pas à sa place transforme votre caractère en un autre!, et il faut aussi faire du beau (la calligraphie est un art chinois à lui seul). Pour cela, la tenue du corps, du bras et des doigts est essentielle. Pour ce faire, le professeur demande parfois à ses élèves d’écrire avec un livre sur la tête: ainsi, le corps reste statique, il n’y a que les doigts qui s’agitent. Bref, vous l’avez compris, le petit élève chinois a du pain sur la planche pour maîtriser sa langue! 

 

Les mathématiques 

Le reste du temps, quand il n’étudie ni mandarin ni sport, le petit Chinois apprend bien sûr les mathématiques, avec un autre professeur dédié à cette matière. Le calcul mental est une priorité absolue. Il apprend par cœur l’addition et la soustraction jusqu’à 20, mais aussi très tôt les tables de multiplication et de division jusqu’à 12. Le boulier lui permet au début d’appréhender la logique des nombres, avant de passer au calcul mental pur. Les maths passent donc chez lui par de l’exercice répétitif et chronométré, exigeant là encore. 

 

Et les autres matières 

Enfin, le petit Chinois apprend à aimer son pays. C’est le sens notamment de la levée de drapeau auquel il participe tous les lundis matin. Les élèves les plus méritants – ceux qui ont le droit de porter le petit foulard rouge sur leur uniforme – doivent lever le bras pendant que tous chantent l’hymne national. Les cours d’histoire lui enseignent que la Chine est le pays du Milieu (c’est le sens même des caractères qui représentent la Chine: Zhongguo 中国 ), avec tout ce que cela suppose comme vision du monde. 

Et, si vous avez de la chance, vous tomberez peut-être enfin sur la routine quotidienne de massage du visage, pour la santé des yeux, des oreilles et de l’ensemble du corps. Car le visage est dans la médecine chinoise traditionnelle le «miroir» des organes et chaque point de ce dernier est ainsi relié à un autre point du corps. Il est donc bon, au milieu d’une journée fatigante, de recentrer ses énergies. 

Pour finir, vous voulez sans doute savoir si le petit écolier chinois a, comme vous, droit à des vacances bien méritées? Oui, heureusement! Les fêtes chinoises sont assez nombreuses et, avec elles, les jours fériés, qu’il rattrape souvent le dimanche suivant… Mais, pour se consoler, il a quasiment un mois au moment du nouvel an chinois, et comme vous deux mois l’été. 

 

Rythme scolaire 

Au primaire, la journée est bien remplie. L’élève se lève en général vers 6h30 et, après un rapide petit-déjeuner à la maison ou dans la rue (en Chine, il y a des petits kiosques ambulants de nourriture absolument partout), se rend à l’école à pied ou en bus. Les cours démarrent à 8h00 et durent 40minutes. La pause déjeuner inclut un moment de sieste et de travail personnel (des exercices à rendre l’après-midi). La journée se termine vers 17h30. Et il faut encore compter 1 ou 2 heures de travail à la maison. 

Enfin, après les 6 années de primaire (de 6 à 12 ans), l’écolier poursuivra son cursus au collège (jusqu’à 15 ans) où le rythme sera encore plus intense, car tout sera orienté vers l’obtention du Zhongkao qui est l’examen d’entrée au lycée: les cours commenceront pour lui à 7h00, la sieste de midi sera obligatoire, car l’après-midi sera longue, jusqu’à 18h00, environ, avec en moyenne 2heures à 2h30 de devoirs écrits à la maison, à quoi il faut ajouter la révision des leçons. À partir du lycée (15 à 18 ans, avant l’entrée à l’université), les études ne sont plus obligatoires, sauf dans certaines régions pilotes comme Pékin. 

 

Le saviez-vous ? 

  • Parmi les langues sémantiques, on trouvait autrefois les hiéroglyphes égyptiens, les écritures mésopotamiennes, ainsi que l’écriture des Mayas. Aujourd’hui, seuls les caractères chinois (et leurs dérivés, comme le japonais) ont perduré. À titre de comparaison, on recense 33 systèmes alphabétiques comme le nôtre. 

  • Le tai-chi est une gymnastique chinoise, constituée par un enchaînement lent de mouvements, selon des schémas précis. Son origine, très ancienne, est liée au taoïsme. 

Quitterie de Prémare

Actuailes n°205 - 22 avril 2026


3 votes


Imprimer