La possibilité pour les boulangers et les fleuristes de travailler le 1er mai a fait l’objet d’un vif débat. Et le débat a été repoussé par le gouvernement, générant une situation confuse.
C’est ainsi qu’un boulanger a été verbalisé à hauteur de 5250 €, le premier ministre assurant toutefois qu’il ferait en sorte qu’il ne paie pas l’amende. Mais alors que dit la loi?
Ce type de règles est encadré par le droit du travail. Il s’agit de l’ensemble des règles juridiques qui établissent les relations entre les employeurs et les employés. Cela regroupe les droits et devoirs appliqués aux salaires, au temps de travail, à la sécurité ou encore au droit de grève. Il est aujourd’hui très généreux en France pour les employés, faisant craindre un certain nombre de freins pour les entreprises.
Le droit du travail
Fruit d’une longue évolution, le droit du travail change encore régulièrement. Il s’applique uniquement aux salariés du secteur privé. Ce sont les personnes qui perçoivent un salaire en contrepartie d’une prestation. C’est par exemple le cas d’un ouvrier qui fabrique des voitures dans une usine de la marque Peugeot, ou un serveur dans un restaurant. Ces salariés sont placés sous la subordination directe d’un employeur. Celui-ci a le droit de donner des ordres, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner disciplinairement les manquements. Ainsi, un employé qui arrive régulièrement en retard pourra être pénalisé. Les fonctionnaires, qui travaillent pour l’État, sont couverts par un autre statut: celui du droit public.
À travers l’Histoire: une évolution
Avant la Révolution, les règles étaient établies dans chaque ville par métier par les corporations. Elles regroupaient les artisans d’une même branche, et réglementaient l’organisation du travail. Les révolutionnaires supprimèrent ces corporations, rendant précaire la position des salariés qui n’avaient plus personne pour les défendre.
Au XIXe siècle, avec l’apparition des ouvriers lors de la révolution industrielle naît le droit du travail. Le travail des enfants va ainsi être encadré pour leur permettre d’aller à l’école. En 1841, l’âge à l’embauche est fixé à 8 ans et la durée de travail 8 heures maximum pour les moins de 12ans. En 1874, l’âge minimum est fixé à 12 ans et le travail de nuit est interdit. En 1926, les travaux dangereux sont bannis pour les enfants. Enfin, en 1958, seuls les enfants de plus de 16 ans sont autorisés à travailler. C’est toujours le cas aujourd’hui.
Des salariés protégés
Le chef d’entreprise a un certain nombre de devoirs envers ses salariés. Il existe ainsi un salaire minimum, appelé SMIC, qui est de 1823 € brut par mois (soit 1 443 € net). La durée du travail est fixée à 35 heures par semaine. S’il l’accepte, le salarié peut travailler plus. On appelle cela les heures supplémentaires, qui vont être majorées ou donner droit à un repos. Toutefois, il est interdit de travailler plus de 10 heures par jour et plus de 48 heures par semaine. Une pause est obligatoire après 6 heures consécutives de travail. Tout salarié a droit à 5 semaines de congés payés par an. Enfin, le chef d’entreprise doit garantir la sécurité au travail de ses employés.
Des entreprises limitées
Si le droit du travail définit droits et devoirs, il est progressivement devenu très favorable aux employés au détriment de leurs employeurs. Et sûrement trop favorable, constituant un frein au développement économique.
En effet, les Français travaillent peu, rendant trop élevés les coûts de production. Beaucoup d’entreprises ont donc décidé de délocaliser leurs usines dans des pays où les salaires sont moins hauts. C’est par exemple le cas dans le secteur textile, nos vêtements étant désormais majoritairement fabriqués en Chine ou en Afrique du Nord. De plus, l’ensemble des règles coûte cher à l’État, ce qui augmente les impôts des entreprises et des particuliers. C’est autant d’argent qui n’est pas investi ou dépensé. Enfin, le droit social n’est pas flexible. Or les entreprises doivent pouvoir s’adapter aux changements économiques. Si une entreprise voit ses ventes baisser, elle doit pouvoir réduire le nombre de ses employés pour ne pas faire faillite. À l’inverse, si ses produits rencontrent du succès, elle doit pouvoir embaucher rapidement. Mais cette flexibilité est difficile en France. Et cela ne bénéficie pas aux employés, comme le montre l’exemple anglais, où le droit du travail est plus souple. Le salaire moyen y est supérieur de 30% à son équivalent français. Et le chômage y est beaucoup plus bas, 4,9% contre 7,9% en France.
Quelles perspectives
La croissance française est aujourd’hui très faible. Notre pays décroche face à ses concurrents, et il s’appauvrit. Une des raisons est que trop peu de Français travaillent, et pas assez longtemps. Nous avons privilégié une société des loisirs qui coûte très cher et qui est financée en grande partie par la dette. Ce train de vie sera ainsi payé par votre génération, car toute dette doit se payer un jour. Cela a conduit à un chômage élevé et à une stagnation des salaires.
Cette tendance n’est pas tenable dans les années à venir et plusieurs pistes s’ouvrent pour les prochains gouvernements. Une première piste serait d’assouplir les heures supplémentaires, afin de permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus. Des facilités à l’embauche pourraient être étudiées, surtout pour les plus jeunes qui ont du mal à trouver un emploi. Avec des périodes d’essai plus longues afin de rendre les entreprises plus audacieuses. Il faudrait également permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus longtemps avant leur retraite. Enfin, une réflexion est à mener sur les filières de l’Éducation nationale, certaines ne débouchant pas sur des métiers et créant un chômage structurel.
Nul doute que ces sujets seront au cœur des débats de la prochaine élection présidentielle, tant ils sont importants pour l’avenir de notre pays.
Le savais-tu?
Seuls 7,8% des salariés du privé sont affiliés à un syndicat en France. Il leur est donc difficile de parler au nom de tous les salariés, au vu de la faible adhésion et de la désaffection qu’ils rencontrent. Ce taux est deux fois plus faible que chez les fonctionnaires ou que chez les salariés allemands, et même 10 fois moindre que dans les pays du Nord de l’Europe.
Qui travaille le 1er mai? De nombreuses personnes ne peuvent pas arrêter de travailler le 1er mai. Il s’agit des policiers, militaires, pompiers, employés des hôpitaux, mais aussi des hôtels, cafés et restaurants, qui seront payés double. Le gouvernement souhaite l’élargir aux fleuristes et boulangers sur la base du volontariat.
Julien Magne
Actuailes n°206 - 8 mai 2026
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