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Les «Nashama», l’art de tenir debout

18-05-2026 à 17:06:00

En juin 2026, les Nashama (les braves), l’équipe de Jordanie, joueront leur première coupe du monde de football. Comment une nation coincée entre les guerres depuis 75 ans y est-elle arrivée ?  

Prenons une carte. À l’ouest, Israël et la Cisjordanie. Au nord, la Syrie. À l’est, l’Irak.  

La Jordanie entre les feux 

La Jordanie est entourée de pays en guerre ou en crise. Et pourtant, Amman, sa capitale, reste debout.  

Le roi Abdallah II gouverne depuis 25 ans en jouant sur tous les tableaux. Le pays est allié des États-Unis qui versent 1,45 milliard de dollars par an au pays. Et il est aussi partenaire de l’Europe: en janvier, l’UE s’est engagée à fournir 3 milliards d’euros au royaume. Il est aussi un médiateur dans les crises régionales et a joué un rôle important dans l’évacuation de ressortissants depuis Gaza et dans l’acheminement de l’aide humanitaire. 

Mais voici le prix de cette stabilité: la Jordanie doit éviter que son positionnement géographique entre Israël, les territoires palestiniens, le Liban et l’Iran ne transforme son territoire en théâtre de guerre. En effet, chaque vague de réfugiés arrive d’abord en Jordanie, qui est la deuxième terre d’accueil au monde (près d’un million de Syriens). 

Une nation sans pétrole 

La Jordanie n’a pas de pétrole. Pas de fonds souverain. Le taux de chômage des jeunes atteint 40,8%. Le tourisme a plongé avec les conflits régionaux. La dette du pays a explosé. 

Mais voilà: la Jordanie a des universités, des hôpitaux, des routes, un système judiciaire qui fonctionne. Dans une région où l'État est souvent absent ou fragile, c’est déjà considérable. 

Et, grâce à une victoire contre l’Arabie saoudite, la sélection jordanienne jouera en juin 2026 la coupe du monde de football. Une nation sans pétrole qui bat la nation du pétrole. Le pays le plus pauvre de la région qui envoie son équipe au mondial devant les pays les plus riches. 

La pierre hospitalière 

La Jordanie, c’est aussi Pétra. La cité nabatéenne taillée dans le grès rose, élue parmi les sept nouvelles merveilles du monde, avec ses tombeaux monumentaux creusés dans la roche par un peuple de marchands qui contrôlait les routes de l’encens entre l’Arabie et la Méditerranée. Deux mille ans d’histoire. Encore debout. 

C’est aussi le Wadi Rum, désert classé patrimoine mondial de l’UNESCO dont les massifs de grès racontent 600 millions d’années d’histoire de la Terre. Et c’est le keffieh, foulard traditionnel à quadrillage rouge et blanc, qui se transmet de père en fils. 

En juin, les joueurs débarqueront en Amérique du Nord pour affronter l’Argentine. Derrière eux, il y aura un peuple entier, réfugiés compris, qui portera pour la première fois ses couleurs sur la plus grande scène du football mondial. Un pays sans pétrole, sans or et sans armée de champions. Juste des «braves» dans un monde qui brûle autour d’eux. 

Abu Jibril 

Actuailes n°207 - 20 mai 2026


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