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Pourquoi la mer est salée

18-05-2026 à 17:43:49

Tout le monde parle du détroit d’Ormuz en pensant au pétrole. Mais au fait, pourquoi la mer qui permet de transporter tout ce pétrole est-elle salée? 

La Terre, à ses débuts, ressemblait à tout, sauf à une carte postale. 

Une recette de 4 milliards d’années 

Des volcans, des gaz toxiques, des pluies acides sont tombés pendant des millions d’années sur les roches, ruisselant sur les minéraux, en dissolvant certains, et les emportant vers les points bas: les océans en formation. C’est le premier mécanisme du sel marin, toujours en activité. L’eau de pluie, légèrement acide, attaque les roches depuis l’origine du monde et leur arrache des éléments solubles. Les rivières transportent ensuite ces éléments jusqu’à la mer. Mais attention: ce ne sont pas forcément les éléments les plus abondants dans les roches qui finissent dans la mer. Le silicium et l’aluminium, qui dominent la croûte terrestre, forment des minéraux très stables – argiles, quartz – qui résistent à l’érosion ou se déposent au fond. Le sodium et le chlore, eux, sont très solubles: une fois dissous, ils s’accumulent dans l’eau. La mer est en réalité le réservoir de ce que la chimie ne sait pas recycler ailleurs. 

La casserole réduit depuis des milliards d’années 

L’eau de mer s’évapore sous l’effet du soleil – mais le sel, lui, ne s’évapore pas. Il reste. L’eau douce monte dans les nuages, retombe en pluie sur les continents, dissout encore des minéraux, et revient à la mer… avec une nouvelle livraison de sel. C’est une boucle sans fin. La mer reçoit du sel depuis des milliards d’années et n’en perd presque pas. Résultat: aujourd’hui, l’eau de mer contient environ 35 grammes de sel par litre. Ainsi, si on évaporait tous les océans d’un coup, la couche de sel laissée sur les fonds couvrirait la planète sur plus de 100 mètres d’épaisseur – le calcul est simple: 46 millions de km³ de sel, divisés par 361 millions de km² de surface océanique. 

Les dorsales océaniques jouent aussi un rôle: au fond des mers, l’eau s’infiltre dans les fissures de la croûte terrestre, se charge en minéraux au contact du magma, et ressort brûlante et encore plus salée. La mer se «re-sale» aussi par sa couche inférieure. 

Alors pourquoi les lacs ne sont-ils pas salés ? 

Les lacs reçoivent eux aussi de l’eau chargée en minéraux. Mais la plupart ont un exutoire: une rivière qui repart, emportant les sels avant qu’ils ne s’accumulent. La mer, elle, est un cul-de-sac à l’échelle géologique. Rien ne repart vraiment. Le chlore, d’ailleurs, n’est pas uniquement issu du ruissellement: une grande partie vient des volcans, qui ont libéré de l’acide chlorhydrique depuis des milliards d’années. La mer s’est chargée en sel par le haut, par le bas, et par les côtés. 

Les exceptions confirment la règle: la mer Morte, qui n’a aucun exutoire et qui s’évapore à toute vitesse, est dix fois plus salée que l’océan. On y flotte sans effort. À l’inverse, la mer Baltique, très peu évaporée et gorgée d’eau douce venue des rivières, est presque saumâtre – c’est-à-dire à peine salée, quelque part entre l’eau douce et l’eau de mer. 

Malo du Bretoux

Actuailes n°207 - 20 mai 2026


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