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Des rongeurs et des hommes - Hantavirus

19-05-2026 à 18:11:00

Ces dernières semaines, on a beaucoup entendu parlé dans les médias d’un virus très agressif, l’hantavirus, qui a provoqué une petite épidémie à bord d’un navire. Pourquoi?  

Que s’est-il passé?  

À bord d’un navire qui effectuait une croisière entre Ushuaïa et le Cap-Vert, lors d’escales dans une ou deux îles, plusieurs patients ont présenté des symptômes de grippe puis de grosses difficultés respiratoires, et finalement trois voyageurs en sont morts. Une alerte sanitaire a donc été lancée et on a retrouvé chez ces patients un hantavirus de la souche des Andes, déjà connue pour donner ce genre de tableau clinique.  

Qu’est-ce qu’un hantavirus? 

C’est un type de virus dont les réservoirs sont des rongeurs sauvages: ils ne sont pas malades eux-mêmes, mais leurs excréments et leur salive, si on les inhale en poussière ou si l’on se fait mordre, peuvent transmettre la maladie. C’est ce qu’on appelle une zoonose, une maladie transmise par les animaux. Seule une souche, celle des Andes, peut se transmettre ensuite directement d’une personne à l’autre. Il y a deux types de symptômes: le premier est une atteinte des reins et du foie, celle que l’on retrouve en Europe et en Asie, avec nos types d’hantavirus (environ 100 cas annuels en France). C’est le type le moins sévère, même si on peut parfois en mourir. Le second est une atteinte du cœur et des poumons, beaucoup plus dangereuse, qu’on retrouve sur certains types d’hantavirus en Amérique du Nord, mais surtout du Sud. Dans la petite épidémie qui nous concerne, un des voyageurs était allé faire des photos d’un oiseau très rare sur une décharge où il a respiré des déjections de petits rats qui vivent dans les ordures. Il a rapporté le virus sur le bateau et l’a transmis par la suite à ses proches compagnons.  

Pourquoi en avoir tellement parlé?  

  • Parce que c’est une situation à risque, avec un virus très grave, qui peut se transmettre d’homme à homme, que les personnes venaient de beaucoup de pays, certaines ayant déjà quitté le bateau avant qu’on identifie le problème, et qu’il y a une vraie possibilité de transmission.  

  • Parce que nous avons tous la mémoire du covid, qui a commencé par une alerte localisée en Chine, venue d’une zoonose, et qui a eu des répercussions partout.  

Faut-il s’inquiéter?  

Actuellement, il n’y a aucune raison: les voyageurs ont tous été rapatriés et mis en isolement pendant plusieurs semaines. On a même retrouvé les contacts qu’ils ont eus dans les avions qu’ils ont pris, afin de les observer et de tester sur eux la présence du virus. Une voyageuse française a développé elle aussi la maladie, alors qu’elle était en isolement; elle est actuellement en réanimation, mais tous les autres vont bien pour l’instant et les cas contacts sont négatifs. Le virus des Andes ne circule donc pas, et il n’est de toute façon pas très contagieux (il faut être longtemps près de la personne malade pour l’attraper).  

Cela nous a permis de voir que la coopération internationale est nécessaire pour lutter contre des virus aussi agressifs, à l’heure où l’on circule beaucoup dans le monde: il faut appliquer les mêmes règles partout dès qu’un virus est détecté et bien partager les informations: cela semble avoir été le cas pour l’hantavirus. 

Dr Anne-Sophie Biclet

Actuailes n°207 - 20 mai 2026




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