Alors que, pendant toute cette année, la fête des 250 ans des USA bat son plein, que sait-on de ce pays sur lequel le regard français est souvent manichéen?
Partons à la découverte de cette partie de l’Amérique.
Une société façonnée par la diversité…
Les premiers habitants d’Amérique du nord arrivèrent d’Asie par l’Alaska il y a environ 15000 ans; ils sont les ancêtres des tribus indiennes. Les vikings furent les premiers Européens; arrivés en drakkar vers l’an mil.
C’est surtout après la découverte des Amériques par Christophe Colomb en 1492, alors qu’il cherchait les Indes, que les colonies européennes se formèrent: espagnoles (ville de Saint Augustine en Floride), anglaises (Jamestown en Virginie), françaises (Canada) et néerlandaises: création de la Nouvelle Amsterdam qui deviendra… New York City.
Tandis que les Africains sont rapidement représentés à cause de l’esclavage, les Sud-Américains et les Asiatiques arrivent massivement dans les années 1960. Cette immigration a façonné ce que sont les États-Unis d’aujourd’hui: un melting pot qui fait de cette population la plus diverse au monde (plus grande proportion d’habitants nés dans des pays étrangers) et riches de toutes ses différences.
… qui établit son identité par une révolution
Dans les années 1770, le soulèvement des colons contre les abus britanniques (taxes, injustices…) est l’expression violente d’une volonté de liberté. Ce mot est d’ailleurs sacralisé par la Déclaration d’indépendance (4 juillet 1776 – fête nationale) qui établit les droits fondamentaux de chaque Américain : «[…] tous les hommes sont créés égaux; ils sont dotés par le Créateur de droits inaliénables que sont notamment la vie, la liberté et la poursuite du bonheur.» Cette notion d’égalité – à l’origine recherchée seulement entre les colons et les sujets britanniques vivant en Angleterre – se heurtera à l’inhumanité de l’esclavagisme, aboli en 1865 seulement. C’est sans doute le plus sombre des paradoxes de cette société qui hélas a concerné bien d’autres pays.
Sur le plan politique, l’État fédéral (supérieur à celui des colonies devenues de petits États) est supposé légiférer le moins possible pour laisser le plus de subsidiarité, et donc de libertés, aux pouvoirs locaux. Ainsi, les lois peuvent varier, comme cela se vérifie encore de nos jours: différences dans l’enseignement, âge pour conduire (dès 14 ans dans le Dakota du Sud). Ce juste équilibre nécessaire entre lois et individualisme pour garantir les droits inaliénables n’est pas inné; certains présidents ont même dû dénoncer des excès: «Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes, il est Le problème» (Ronald Reagan, président de 1981 à 1989).
Le pays à conquérir où «tout est possible»
Au XIXe siècle, la «conquête de l’Ouest» pour s’approprier terres et minerais précieux est une épopée nationale passionnante. Elle est fondatrice pour la société américaine par les qualités alors exigées pour survivre: le courage requis face à l’inconnu des grands espaces, l’esprit pionnier pour bâtir à partir de rien, et la ténacité pour résister aux éléments contraires (des Indiens et des pillards, des tornades à l’infortune temporaire).
Elle sculpte aussi le mythe de la Manifest Destiny, cette allégorie idéologique qui veut que la conquête relève d’une injonction divine à répandre démocratie et bonheur. Au départ limitée au continent, elle sera par la suite souvent instrumentalisée pour justifier l’influence américaine à travers le monde. Les qualités évoquées seront toujours nécessaires pour qui entend réaliser le «rêve américain» dans les affaires ou la conquête spatiale.
Les USA demeurent en effet un pays attractif qui offre les moyens de la réussite individuelle (cursus d’enseignement sur mesure, facilités de prêts bancaires, etc.), ce qui légitime leur fierté, nourrit le patriotisme et se traduit généralement par l’affichage ostensible de toute réussite, bien loin de la retenue européenne. À l’échelle nationale, ces qualités expliquent aussi comment les USA sont devenus en moins de 100 ans la première puissance mondiale.
Pourtant, le revers de la médaille est préoccupant: environ un Américain sur huit est pauvre, parfois accusé trop simplement d’être seul responsable de son malheur en n’ayant pas travaillé assez pour atteindre le succès.
Un pays jeune, naguère soudé, aujourd’hui divisé?
Les USA – pays jeune – excellent à mettre en valeur une histoire courte, mais proportionnellement très riche et d’envergure mondiale. Ils ont réussi à transformer un puzzle de communautés en une nation forte et fière.
Pourtant, en 2022, une étude1 annonçait que la société américaine n’avait jamais été aussi divisée. Bien sûr, aucun président n’a jamais fait l’unanimité (cela reste très vrai aujourd’hui), et la division est loin d’atteindre le niveau de la guerre civile de 1861 à 1865 (la guerre de Sécession, pendant laquelle 2% de la population mourut).
Les USA restent un pays offrant un rare potentiel d’épanouissement et d’enrichissement, comme l’ont reflété par exemple les 150000 Afghans qui ont émigré après la guerre qui a ravagé leur pays en 2021.
Cette société, plus complexe qu’elle ne le semble, est assurément porteuse d’espoir – en réponse à la pauvreté, les Américains restent parmi les personnes les plus généreuses au monde – et elle a donné au monde un pape engagé pour la défense des plus faibles jusqu’à mettre en garde sur l’intelligence artificielle, un autre débat!
Les USA méritent clairement un voyage; leurs 250 ans pourraient en être l’occasion historique qui présenterait trois avantages: découvrir et s’enrichir du meilleur de la culture américaine, apprécier encore mieux la nôtre par contraste avec celle-ci, rester modeste, car notre propre culture n’est pas parfaite! Saint Augustin a dit: «Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page !» On prend l’avion?
Le savais-tu?
Amérique vient du nom du navigateur Amerigo Vespucci, explorateur florentin de la période des «Grandes découvertes» du Nouveau Monde entre 1499 et 1500.
George Washington est un héros national vénéré pour avoir courageusement mené la fragile armée américaine à la victoire contre la Couronne britannique et avoir su quitter humblement la vie publique une fois confortée l’indépendance du pays. Avant de devenir l’ami de la France, il avait néanmoins fait le coup de feu contre elle en 1754 (guerre franco-indienne dite aussi «de 7 ans»)!
Pour célébrer AMERICA 250, la Patrouille de France est aux USA (survols de Yorktown le 15juin, de Washington le 22 juin, et de New York City le 4 juillet), ainsi que la Musique de la Légion étrangère (Washington-Philadelphie les 3 et 4 juillet).
Oncle Tom
Actuailes n°208 - 10 juin 2026
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