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C'est arrivé...le 10 juin 1934

08-06-2026 à 20:33:00

Coupe du Monde et propagande

Cher Côme,  

A-t-on envie de parler de politique en pensant à la coupe du monde de football? Non… Pourtant, l’Italie de Mussolini comprend avant tout le monde quelle arme de propagande peut être cet événement au puissant retentissement international. Au lendemain du 10 juin 1934, impressionnés par la démonstration de force paramilitaire autant que sportive, 250 journaux du monde entier louent la victoire de l’Italie en finale, à Rome. L’organisation millimétrée a été vantée en direct par de nombreuses radios durant toute la compétition. Avant l’Allemagne nazie et ses Jeux olympiques de 1936, Mussolini a donc réussi à utiliser le foot pour chanter la gloire de son régime fasciste: comment a-t-il fait? 

En Italie, la population gronde, bafouée et malmenée par les suites de la défaite de la Première Guerre mondiale. À la tête de son parti fasciste, Mussolini est élu en 1922. Le sport lui semble vite être un outil efficace pour canaliser la colère et rendre leur fierté aux gens. Il est donc utilisé pour encadrer la jeunesse, encourager la performance, exalter la force, la fierté, le culte du corps et celui de la victoire. Rapidement, les associations sportives deviennent des outils de propagande où se mêlent discipline et embrigadement politique. 

Avec la création de la coupe du monde, le football est déjà dans les années 1930 un sport de masse, pratiqué dans tous les pays d’Europe et d’Amérique. Pour les fascistes de Mussolini, accueillir cet événement, c’est donc s’assurer une audience internationale rêvée. Pour le dictateur, la question n’est pas d’aimer le foot, mais d’en comprendre la puissance politique. 

Il s’agit aussi de donner un fort élan intérieur à l’Italie, bien plus large que le sport. Comme démonstration de puissance, le Duce fait construire huit stades, force les trains à arriver à l’heure et fait imprimer des affiches par dizaines de milliers: tout le pays se mobilise. Reste à aligner une équipe capable de l’emporter. La fédération italienne, aux ordres du régime, confie à un excellent tacticien, Vittorio Pozzo, le soin de sélectionner les meilleurs joueurs jusqu’en Amérique du Sud. Soumis à une discipline et un entraînement de fer, les Italiens forment une équipe redoutable, d’autant qu’elle est très rugueuse. La coupe du monde de 1934 est en effet célèbre pour ses violences: 11 blessés sont évacués durant le quart de finale contre l’Espagne, par exemple. Hors des terrains aussi, la violence est partout: par son organisation inflexible, sa pression constante sur les arbitres, sa présence policière et milicienne massive, l’engagement personnel de Mussolini, le régime pèse lourdement sur la compétition. 

Voilà, cher Côme: depuis 1934, on sait que l’enthousiasme autour d’un événement sportif peut servir des intérêts bien inattendus: un vrai piège si l’on n’y prend garde! 

 

Je t’embrasse, 

Oncle Yann 

Actuailes n°208 - 10 juin 2026


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