Le 11 septembre 2026, les Houthis, rebelles du Yémen, ont pris le contrôle de tout le littoral yéménite de la mer Rouge.
Une porte maritime millénaire vient de changer de gardien. La facture s’annonce lourde pour le reste du monde.
Une porte vieille de mille ans
Les Arabes l’appellent Bab-el-Mandeb: la «porte des lamentations». Le nom daterait d’un temps où les marins y craignaient les courants violents et les naufrages. Ou d’une légende plus ancienne encore, celle de la séparation de l’Afrique et de l’Asie. En tout cas, dès l’an 1000, un géographe arabe décrivait ce goulet de 27 km, coincé entre le Yémen et Djibouti, comme un point central et de première importance pour le commerce du monde.
L’ouverture du canal de Suez en Égypte en 1869 n’a fait que confirmer son diagnostic: depuis 150 ans, tout navire reliant l’Europe à l’Asie par la mer Rouge doit obligatoirement franchir ce goulet avant d’atteindre le canal. Mille ans après le géographe, rien n’a changé. La géographie ne se négocie pas: pour aller d’Europe en Asie sans contourner l’Afrique entière, il faut passer par là.
Le verrou se referme
Vendredi 11 septembre, les combattants houthis, soutenus par l’Iran, ont achevé une offensive-éclair: port de Moka pris, île stratégique de Périm conquise, et avec elle tout le littoral yéménite de la mer Rouge. Ils contrôlent désormais les deux tiers du pays, en quelques jours à peine de progression vers le sud.
Or 12% du trafic maritime mondial passe par ce détroit. Trois quarts des exportations européennes aussi. Les Houthis promettent que la navigation restera libre, sauf pour les navires liés à l’Arabie saoudite (leur rivale), désormais interdits de passage. C’est une promesse à prendre avec prudence: en 2023 déjà, leurs attaques avaient fait chuter le trafic de 42% en deux mois, et grimper les prix du transport de 35%. Depuis, quelques jours à peine ont suffi aux forces houthies pour prendre de nouvelles îles et resserrer encore leur étau sur le passage.
Une addition salée
Mais voilà: de l’autre côté de la péninsule Arabique, le détroit d’Ormuz est verrouillé par Téhéran depuis février. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, se retrouve prise en étau entre ses deux seules portes maritimes.
Sans Bab-el-Mandeb, un cargo reliant Le Havre à Mumbai (anciennement Bombay en Inde) doit contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance: 20 800 km au lieu de 11 300. Deux semaines de mer en plus, des assurances qui s’envolent, des prix qui grimpent jusque dans les rayons des supermarchés européens.
Devant l’urgence, le sultanat d’Oman a tenté d’organiser une réunion entre l’Iran et les pays du Golfe pour discuter de l’avenir d’Ormuz. Elle a dû être reportée. La diplomatie, elle aussi, avance moins vite que les Houthis. La «porte des lamentations» n’a jamais aussi bien porté son nom.
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Acteur |
Position simplifiée |
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États-Unis |
Soutien majeur à Israël + partenaire militaire des pays du Golfe |
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Israël |
En conflit avec l’Iran et ses alliés armés |
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Iran |
Rival des États-Unis et d’Israël; entretient des liens avec les Houthis et d’autres groupes armés |
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Arabie saoudite |
Partenaire des États-Unis, mais cherche à éviter une guerre directe avec l’Iran |
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Houthis |
Mouvement yéménite soutenu par l’Iran, actuellement en conflit avec l’Arabie saoudite |
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Qatar |
Partenaire des États-Unis, mais conserve des canaux de dialogue avec l’Iran et joue un rôle de médiateur |
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Turquie |
Puissance régionale qui entretient des relations avec plusieurs camps et cherche à jouer un rôle diplomatique |
Actuailes n°209 - 25 septembre 2026
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