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C’est arrivé le 16 octobre 709 - Dédicace de l’abbaye du Mont-Saint-Michel

08-10-2026 à 10:01:44

Chère Joséphine, 

 

Le Mont-Saint-Michel est-il normand ou breton? On en discute encore. Mais l’histoire de la Merveille dépasse de loin la querelle géographique: aujourd’hui chef-d’œuvre de l’architecture gothique, l’abbaye avait fêté sa dédicace le 16 octobre 709. 

Dans cette baie grandiose où la mer monte à la vitesse d’un cheval au galop, le mont Tombe était un simple îlot. L’évêque Aubert reçoit en songe de l’archange saint Michel la demande d’un oratoire à son nom, en 708. Chassant les cultes païens, Aubert installe une présence religieuse chrétienne sur ce rocher. Rapidement, la jeune abbaye prospère. 

À la mort de Charlemagne, grandissent les désordres: l’abbaye est le refuge des paysans et les pèlerinages ne cessent pas. Pourtant, en 847, les Vikings le pillent, avant que leur chef Rollon se convertisse au Christ. Ses successeurs, ducs de Normandie, protègeront longtemps l’abbaye. L’abbaye est ensuite mal gérée jusqu’à l’arrivée de l’abbé Maynard; venu de Saint-Wandrille, il restaure l’ordre et la règle de saint Benoît. 

Joyau de Normandie, l’abbaye résiste au XIIIe siècle aux alliés bretons du roi de France, Philippe Auguste, qui la brûlent. Le temps passe, la guerre de Cent Ans fait rage: grâce à ses capitaines et gentilshommes, à la flotte bretonne brisant le blocus naval qui l’asphyxie, le Mont-Saint-Michel ne tombe jamais aux mains des Anglais! 

Plus tard, au XVIe siècle, le régime de la commende voulu par le roi permet aux abbés de ne plus résider avec les moines: le déclin des abbayes est rapide et n’épargne pas celle du Mont. Cependant, les pèlerinages restent vivaces et fréquentés par les rois. 

À la Révolution, l’abbaye est transformée en prison, où croupissent prêtres et chouans arrêtés. Elle garde cette fonction sous Napoléon et a sinistre réputation. Durant cette histoire déjà longue, l’abbaye est souvent détruite ou abimée, avant d’être reconstruite et embellie. Son église de 80m de long est soutenue par 4 cryptes épousant la forme du rocher: elles forment un carré parfait. Ce symbole de l’architecture médiévale romane a survécu au gothique et désigne les quatre anges de l’Apocalypse et les évangélistes. On dirait un grand escalier vers le Ciel! 

À partir de 1863, l’abbaye retrouve sa vocation religieuse: des moines reviennent. Les élèves du grand architecte Viollet-le-Duc s’attellent à une immense restauration, achevée en 1922. Durant ces années, visites et pèlerinages se densifient fortement, grâce à la digue construite par l’État et à l’arrivée du chemin de fer. Depuis, les foules n’ont d’ailleurs fait que grandir, jusqu’à 3 millions de visiteurs l’an dernier. 

À pied dans les sables mouvants de la baie, on les voit chaque jour cheminer vers la statue d’or de l’archange saint Michel. En serons-nous bientôt, chère Joséphine? 

Je t’embrasse, 

Oncle Yann 

Actuailes n°210 - 16 octobre 2026


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