Les derniers soldats américains viennent tout juste de quitter l’Irak.
Après plus de 20 ans de présence militaire, ce retrait ouvre une nouvelle ère. Mais l’influence de Washington demeure.
Welcome to Iraq
En 2003, au motif que l’Irak détiendrait des armes de destruction massive, les États-Unis et le Royaume-Uni lancent une opération en Irak pour renverser Saddam Hussein, le président irakien. La France refuse de s’engager. Bagdad tombe en quelques jours.
L’intervention militaire ouvre une longue période d’occupation, de violences confessionnelles et d’insurrection. Et les conséquences sont encore visibles aujourd’hui.
En 2011, les forces américaines quittent le pays. Elles y retournent 3 ans après, à la demande de Bagdad, pour tenter de repousser la déferlante de l’État islamique. Cette organisation djihadiste prend Mossoul en juin 2014. Souvenons-nous notamment des minorités religieuses martyrisées. Et, en 2024, au bout de 10 années de lutte contre les djihadistes, Washington s’engage à quitter enfin l’Irak. C’est chose faite depuis le 30 septembre.
And now?
Le départ américain n’a pas résolu la question principale: celle de la souveraineté1. En 2014, pour lutter contre le groupe État islamique, des milices se sont formées au sein de la population. Celles-ci sont financées et soutenues, tantôt par l’Iran, tantôt par les États-Unis. Mais elles sont aujourd’hui la grosse épine du pied irakien, car elles ont un large pouvoir et sont armées. Et, à l’heure de la guerre États-Unis–Iran, elles irritent largement l’État irakien, qui ne veut pas être entraîné dans ce conflit.
En effet, Bagdad cherche à se reconstruire après des années de guerre. Il lui faut donc éviter des contestations venant de l’intérieur. Pari difficile, quand on sait que certaines milices ne veulent pas déposer les armes. Et un État contraint de cohabiter avec des organisations armées n’offre pas, a priori, de grande stabilité: la Libye, le Liban en sont de bons exemples.
Keep in touch
Et, maintenant que les Américains ne sont plus (physiquement) en Irak, que font-ils? Washington conserve un levier financier sur Bagdad, bien sûr. Depuis 2003, l’Irak, très riche en pétrole, passe par une banque américaine pour vendre son «or noir». Les revenus du pays sont donc à la main des Américains. Ces derniers peuvent ainsi garder une forte influence sur les décisions du pays, notamment vis-à-vis de l’Iran.
Même si l’oncle Sam ne fait plus du Moyen-Orient sa priorité. Il a tout intérêt à maintenir un lien avec l’Irak, sous forme de coordination sur des questions de défense et de sécurité. Échanges dans le domaine du renseignement, vente d’armes, sujet des milices, etc.
Bagdad a été fondée en 762, nommée alors la cité de la paix. Douze siècles plus tard, la ville mérite-t-elle ce nom?
Abu Jibril
Actuailes n°210 - 26 octobre 2026
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