Depuis 4 semaines, la France connaît un épisode de mouvement lycéen, marqué par la violence. Quelles en sont les causes et comment l’interpréter ?
Parti de région parisienne, ce mouvement s’est rapidement étendu à toute la France, et même à la Belgique. Rassemblant plusieurs dizaines de milliers de protestataires, il est toutefois resté très minoritaire parmi les élèves. Mais sa violence lui a permis d’attirer l’attention du public.
Aux origines
Tout a débuté le 17 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil par une grève des enseignants. Ils protestaient contre le manque de moyens et de nombreux postes vacants de professeurs. Ils furent rejoints le lendemain par des élèves qui décidèrent de bloquer l’établissement. Le mouvement se propagea ensuite assez vite dans toute la France, où des lycées furent empêchés d’ouvrir et des manifestations organisées, laissant place à des débordements. Les réseaux sociaux ont joué un grand rôle dans cette mobilisation.
Le bilan
Si la majorité des protestataires est plutôt pacifique, ce n’est pas le cas de tous. Le bilan de ces 4semaines est donc lourd. Environ 150 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés, généralement agressés par des manifestants. Les dégâts se chiffrent à plusieurs dizaines de millions d’euros, du fait d’incendies volontaires. Certains manifestants brûlent en effet les poubelles qui servent à bloquer les entrées des lycées, ou utilisent des mortiers d’artifice. Si une centaine de lycées ont subi des dégradations, 24 d’entre eux ont été sévèrement touchés, les obligeant à fermer leurs portes. Environ 30000 élèves doivent désormais suivre les cours à distance. Depuis le début de la contestation lycéenne, plus de 200 lycéens et près de 900 policiers et gendarmes ont été blessés.
Les revendications
Les élèves qui manifestent mettent en avant différentes raisons. La première est le manque de professeurs et surtout leur non-remplacement en cas d’absence. Selon l’Éducation nationale, 10% des heures n’ont pas été assurées dans les lycées en 2024-2025, soit 20 millions d’heures de cours perdues. Certains soulignent la vétusté des lycées, d’autres les inégalités entre les établissements. L’interdiction du téléphone portable est également un motif fort de mécontentement. Les rythmes scolaires sont également pointés du doigt, certains élèves jugeant qu’ils ont trop d’heures de cours et doivent se lever trop tôt. Parcoursup, la plateforme d’accès aux études supérieures (universités, BTS, grandes écoles) cristallise beaucoup d’appréhension. L’année dernière, 163372 élèves de Terminale n’ont obtenu aucun de leurs choix, soit 18% des inscrits. Parcoursup est jugé par certains trop élitiste et reposant trop sur des algorithmes, une méthode informatique pour trier les candidats.
Ces lycéens ont reçu le soutien des partis politiques de gauche, et surtout d’extrême-gauche. La France Insoumise a en particulier déployé ses militants pour accompagner les blocages. Et les groupes radicaux se sont distingués dans les violences qui ont marqué les manifestations.
La réponse du gouvernement
Si le gouvernement a jugé que certaines revendications pouvaient être légitimes, il a en revanche condamné la violence. Le ministre de l’Éducation nationale a mobilisé en urgence 3000 professeurs pour effectuer les cours non assurés jusque-là, et a ouvert une concertation avec les lycéens.
Pour aller plus loin
Il faut tout d’abord souligner que seule une très petite minorité de lycées sont bloqués, environ 3,5%. L’immense majorité des lycéens veulent donc continuer à étudier, même s’ils partagent certaines inquiétudes avec les bloqueurs. Il est en effet clair que le niveau du système scolaire s’écroule, comme le soulignent les classements internationaux. Plus de 10% des lycéens ont des difficultés en lecture et 5% des 16-25 ans sont même illettrés. Mais cela ne s’explique pas par un manque de moyens, car le budget de l’Éducation nationale est en hausse continue, alors même que le nombre d’élèves baisse fortement. On a d’ailleurs pu constater que de nombreux lycées brûlés étaient neufs et dotés d’équipements remarquables. Mais les réponses à ce problème de niveau scolaire, qui condamne certains lycéens à un avenir incertain, surtout à l’heure où l’IA va remplacer des métiers non qualifiés, tardent à venir.
L’absence des professeurs est un problème souvent vécu par les élèves. Mais certaines causes sont peu étudiées, rendant les solutions difficiles à mettre en place: laxisme des arrêts maladies, manque d’attrait du métier de professeur, manque d’investissement et violence. L’administration de l’Éducation nationale peine souvent à répondre avec réactivité. On peut surtout noter le manque croissant de foi en leur métier de nombreux professeurs, et l’absence d’autorité et de discipline, comme en témoignent les agressions régulières contre des personnels enseignants.
Sur les rythmes scolaires, s’il est vrai que les lycéens travaillent beaucoup en semaine, ils ont également de longues vacances. Et ce n’est pas dans les établissements où les heures de cours sont les plus nombreuses que les blocages ont eu lieu.
Des contradictions
Il est également assez contradictoire chez les manifestants de protester contre la vétusté des locaux et en même temps de les saccager. Ou de s’inquiéter pour son avenir, en n’allant pas en cours. Quant à Parcoursup, si la plateforme n’est pas parfaite, elle a quand même simplifié la vie de millions de lycéens. Toutes les inscriptions peuvent se faire en ligne, avec un accès complet aux informations sur la formation que l’on vise. Et les réponses sont rapides, même si elles sont parfois dures à accepter. Les filières sélectives, comme les classes préparatoires, étudient finement chaque dossier. Les algorithmes ne servent qu’à départager dans les filières les plus demandées. Se pose alors la question suivante: tous les élèves ont-ils vocation à entamer des études supérieures sans en avoir le niveau et la motivation à la sortie du lycée? Ne vaudrait-il pas mieux les orienter, même en fin de collège, vers des filières plus courtes, où les emplois ne manquent pas? Et Parcoursup nécessite un investissement du lycéen, un réalisme dans ses choix et un accompagnement par le lycée et les parents dans son orientation. Ce qui n’est pas toujours le cas, surtout chez les déçus.
Enfin, n’est-il pas inacceptable qu’une minorité empêche une majorité d’étudier, dans son propre lycée ou celui d’à côté, mettant en péril son avenir? De plus, en France, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans.
En conclusion, bien que très minoritaire, ce mouvement lycéen, marqué par la violence pour le rendre visible, aura eu le mérite de mettre en avant la question scolaire en France. Elle est essentielle, car c’est à l’école et dans les familles que se bâtit l’avenir d’un pays. Espérons que l’élection présidentielle qui s’ouvre offre une chance d’y apporter des solutions.
Julien Magne
Actuailes n°210 - 16 octobre 2026
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