Depuis septembre et la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les milices houthis, on reparle de Djibouti. Confetti sur une carte, situé dans la Corne de l’Afrique, ce pays d’environ 23000 km² et un million d’habitants accueille de nombreux Yéménites ayant fui les combats.
La richesse de ce petit pays est sa position géographique.
Djibouti se trouve au bord du détroit de Bab-el-Mandeb, entre l’Afrique et la péninsule Arabique. Ce passage relie l’océan Indien à la Méditerranée via le canal de Suez. Une part importante du commerce entre l’Asie et l’Europe y circule: porte-conteneurs, céréales, pétrole et autres marchandises. Si cette route devient dangereuse ou impraticable, les navires doivent contourner toute l’Afrique, ce qui rallonge les voyages et augmente les prix. Djibouti est donc placé près d’un véritable carrefour maritime mondial.
Avec des voisins instables
Cette région est cependant très instable. Le Yémen, situé de l’autre côté du détroit, connaît une longue guerre. Des navires ont été attaqués par les Houthis en mer Rouge, et les oléoducs d’Arabie saoudite sont aujourd’hui menacés. La piraterie maritime reste une menace au large de la Somalie, tandis que des groupes armés agissent dans plusieurs pays voisins, en Éthiopie ou en Érythrée.
Une base militaire française
Grâce à sa stabilité relative, à son port et à ses aéroports, Djibouti accueille la plus grande concentration de bases militaires au monde. La France, ancienne puissance coloniale, y maintient des forces depuis l’indépendance du pays en 1977. Elles participent à la défense de Djibouti, à l’entraînement militaire et aux opérations régionales.
Mais aussi…
Les États-Unis utilisent le camp Lemonnier, leur principale base militaire permanente en Afrique, ce qui leur permet de mener des opérations contre des groupes armés de la région. Le Japon y possède sa première base militaire permanente à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale, principalement pour protéger la navigation. L’Italie dispose également d’une installation. Mais la présence la plus remarquée reste celle de la Chine. En 2017, elle a ouvert à Djibouti sa première base militaire permanente à l’étranger (la seule qu’elle reconnaît). La Chine finance aussi des infrastructures, notamment des ports et la voie ferrée reliant Djibouti à l’Éthiopie, ainsi qu’un projet de télésurveillance de la ville: le programme Safe City.
Cette situation met Djibouti à la fois en position de force et de dépendance. Bien qu’extrêmement pauvre, il en tire des revenus, des emplois, des investissements et une protection militaire. Ses ports sont essentiels à l’Éthiopie voisine, immense pays sans accès direct à la mer. Le gouvernement djiboutien peut enfin négocier avec plusieurs partenaires sans dépendre entièrement d’un seul. Mais cette stratégie présente des risques, laissant le pays dépendant et sous la menace de voisins qui pourraient lui reprocher ces facilités accordées aux pays occidentaux.
À l’heure probable de la succession de son président, Ismaël Omar Guelleh, Djibouti ressemble à une tour de contrôle installée au bord de l’une des routes les plus fréquentées du monde. Sa petite taille ne l’empêche pas de jouer un grand rôle: il doit protéger sa souveraineté tout en accueillant des pays qui parfois coopèrent, mais sont aussi concurrents.
Guillaume
Actuailes n°210 - 16 octobre 2026
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