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L’intersyndicale des lutins lecteurs et traducteurs

07-12-2025 à 15:11:00

Vous vous rappelez sans doute (Actuailes n°154 et n°169) que le Père Noël nous a déjà contactés pour tenter d’améliorer ses conditions de travail à l’approche de l’Avent, qui est pour lui une période de l’année assez compliquée … 

Cette fois, c’est le syndicat des lutins chargés de l’analyse des lettres au Père Noël qui nous a appelés à l’aide: que peut faire la science pour les aider dans le traitement des lettres de cadeaux reçues du monde entier? 

Un problème de lecture… 

La situation est la suivante: 8milliards de lettres dont la longueur est en moyenne d’une demi-page, à lire en deux semaines. Si on compte 1minute de lecture pour un lutin entraîné, cela fait tout de même une équipe de 400000 lutins à la manœuvre, sans le moindre répit. Bonne nouvelle pour leur permettre de dormir: nous sommes en2025 et l’intelligence artificielle est capable de les aider! Mais rien ne se fait sans énergie dans notre monde connecté, et la dernière estimation disponible est qu’une requête textuelle standard sur l’IA de Google nécessite environ 0,24 Wh. Si l’on part de ce chiffre, l’énergie nécessaire pour lire les lettres est proche de 2GWh –soit l’énergie fournie par un réacteur EPR pendant environ 1heure et 10minutes. Moyennant l’installation d’une centrale nucléaire dans le grand Nord et d’une usine de scanners, il semble donc possible de réduire notablement le travail des lutins d’ici une dizaine d’années. 

… et un problème de traduction! 

Les lutins bénéficient de siècles d’expérience de lecture des lettres, ce qui leur a conféré une connaissance sans équivalent des plus de 7000langues parlées dans le monde! Cela est-il remplaçable par un logiciel, aussi avancé soit-il? Les modèles actuels sont capables de gérer entre 50et100langues différentes, mais aucun n’est capable de comprendre toutes les langues du monde. Cela est surtout dû au manque de données disponibles pour entraîner les modèles à comprendre finement chaque langue. Mais la recherche progresse: alors que le modèle NLLB-200 de Meta permettait de travailler sur environ 100langues en2019, leur dernier projet, appelé MMS, est capable de parler 1000langues, et d’en identifier4000. Pour ce projet, les équipes se sont appuyées sur… la Bible, qui a été traduite dans tellement de langues différentes qu’elle fournit un support parfait pour l’étude des langues rares! 

Comme souvent, la science ne nous permet pas de résoudre l’intégralité des questions auxquelles nous devons faire face, et les réponses apportées doivent être étudiées avec recul et… pragmatisme. Car enfin, en faisant le lien entre notre petite fiction de Noël et notre expérience quotidienne, est-ce vraiment un progrès pour l’humanité que d’avoir besoin de demander de l’aide à une machine pour comprendre une personne croisée au hasard de la vie? 

Malo du Bretoux 

Actuailes n°199 - 10 décembre 2025


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