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« Les nuages noirs s’amoncellent »

« Les nuages noirs s’amoncellent »

11-05-2016 à 00:51:52

Né en 1908, dans une famille chinoise très pauvre, Chen Ming voit se dérouler sous ses yeux tous les grands bouleversements politiques qui vont conduire à la prise de pouvoir par les communistes en 1949. Brillant élève, il réussit à devenir professeur d’université. Lors d’un séjour d’études en Angleterre, il découvre le christianisme et reçoit le baptême. « Depuis, écrit-il, j’ai toujours trouvé un soutien dans la religion. Cette aide fut inestimable durant toute mon existence ».


La « Révolution culturelle » (sous Mao) persécute avec violence les classes de la société que la doctrine marxiste considère comme « ennemis du peuple » : entre autres, les propriétaires terriens, les intellectuels et tous ceux qui ont eu des contacts avec des pays étrangers (considérés comme des espions). Comme professeur, Chen fait partie des « mauvais éléments » (c’est l’expression du régime). Il doit être « réformé ». Pour le réformer, on l’envoie au laogai (camp de travail pour les prisonniers politiques) : nombreux sont ceux qui y meurent, à cause des mauvais traitements, de la faim, de la maladie ou du désespoir.
Après avoir purgé sa peine, Chen retourne chez lui. Mais là commence une épreuve plus terrible que le laogai. Il est sans cesse surveillé, la police pénètre chez lui à toute heure, lit son courrier, renverse toute la maisonnée. Chen devient balayeur : tout le monde se moque de lui, les enfants lui jettent des cailloux. Chen doit souffrir en silence. Après ses longues heures de balayage, il doit se rendre à la réunion politique. On y récite par cœur des passages des œuvres de Mao, qui est quasi divinisé (on installe même des autels dédiés à Mao dans les maisons). Quand ce n’est pas une lecture des pensées du dictateur, c’est une « séance d’autocritique ». Des heures durant, sous les huées de la foule et les coups des hommes du régime, Chen doit faire son « autocritique » en position « de l’avion » (buste perpendiculaire aux jambes, tête baissée, bras à l’horizontale). Chen refusera toujours de s’accuser faussement de crimes qu’il n’a pas commis, quitte à endurer ces horribles séances de torture publique.
À la fin de sa vie, Chen est « réhabilité » : on l’appelle à nouveau par son titre et par son nom, « Professeur Chen », en lui manifestant les marques de respect dues à son grand âge. Le régime a reconnu qu’il y avait eu une erreur judiciaire… trente ans plus tôt. On lui conseille gentiment de ne pas garder de mauvais souvenirs, car cela risque de nuire à sa santé…
Retenons qu’il y a dans l’homme cette capacité de construire des régimes inhumains, comme le fut la Chine de Mao ; mais qu’il y a aussi dans l’homme la capacité de résister intérieurement à toutes les humiliations, de rester fidèle à la vérité et de proclamer ainsi l’honneur de demeurer un homme. Chen est plus grand que Mao.

Actuailes n°52 – 11 mai 2016




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