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Comprendre un ou plusieurs islams ?

Comprendre un ou plusieurs islams ?

10-01-2017 à 22:27:35

 

Dans la soirée du 24 décembre dernier, des chrétiens irakiens, larmes aux yeux, célébraient Noël dans l’église de Qaraqosh, récemment libérée de Daech par les forces irakiennes. Heureux de retrouver leur église, ces chrétiens d’Orient sont parmi les derniers vestiges du foyer de naissance du christianisme. Ils représentaient 20 % de la population du monde arabe à la fin du XIXe siècle. Ils sont environ 2 % aujourd’hui. L’islam est en grande partie responsable de leur disparition ou de leur exil.

 

Si l’islam s’accommode difficilement des autres religions, il est aussi destructeur pour lui-même. Depuis les débuts de l’islam, les successions à la tête de la communauté islamique (l’umma) ont été entachées de meurtres et de guerres. De nos jours, au Moyen-Orient, bien des conflits s’expliquent par le biais des rivalités musulmanes. Pourquoi les musulmans se déchirent-ils entre eux ?

Qu’est-ce-que l’islam ?

L’islam est né dans la péninsule arabique, dans les années 620. Son fondateur, Mahomet, dit avoir des visions de l’archange Gabriel (Jibril) qui lui dicte des versets. Mahomet affirme que ces versets sont la parole divine. Et ces mêmes versets présentent Mahomet comme le dernier et le plus grand des prophètes.

À partir de là, l’épopée musulmane commence. De 622 à 632 – date de la mort de Mahomet –, le prophète conquiert de larges territoires de la péninsule arabique. En même temps, il élabore la doctrine de l’islam, selon les nécessités du moment. Ce qui explique les changements, voire les contradictions des versets. Par exemple, dans certains, les chrétiens méritent le respect, mais doivent être exterminés. Il en est de même pour les juifs. Le musulman est limité en nombre d’épouses, mais peut avoir autant de concubines qu’il le désire. Il doit respecter ses femmes, mais peut les frapper…

Une autre raison explique les contradictions de l’islam. Le sens d’environ trois cents mots révélés dans les versets est inconnu. Dès lors, plusieurs interprétations sont possibles.

Les seuls préceptes (commandements) établis de l’islam sur lesquels tous les musulmans s’accordent sont les cinq piliers : la prière quotidienne, le pèlerinage à la Mecque, l’aumône, le ramadan, la croyance en l’unicité d’Allah. Un homme qui respecte ces piliers et professe qu’il est musulman (en récitant à haute voix, en présence d’un témoin : « Il n’y a de Dieu qu’Allah seul et Mahomet est son prophète ») est assuré d’aller au Ciel.

 

Lorsque Mahomet meurt en 632, les versets ne sont pas encore réunis dans le livre qui deviendra le Coran. Certains versets sont transmis oralement. D’autres sont écrits sur des pierres, des feuilles de palmes, des omoplates de chameau… La rédaction du Coran ne commence qu’au milieu du VIIe siècle. Déjà, à cette époque, différentes versions apparaissent.

Face à l’incompréhension de certains passages et comme le Coran ne disait pas tout, les musulmans ont dû trouver une solution. Pour savoir comment agir lorsque le Coran ne donne pas de directive, les « docteurs de la loi islamique » ont décidé de prendre en exemple la vie de Mahomet.

C’est la Sunna, qui regroupe les hadith, faits et gestes du prophète. Sauf que la Sunna n’était pas écrite. Elle était transmise oralement. Ce n’est qu’à la fin du IXsiècle que les hadith sont réunis dans un livre, soit deux cent cinquante ans après la mort de Mahomet. Dans ce contexte, les écrivains qui ont écrit cette Sunna, ont rapporté des faits parfois authentiques, parfois déformés, parfois inventés, souvent contradictoires. C’est le résultat naturel et inévitable de récits transmis par oral pendant plus de deux siècles.

Pour les musulmans, il est difficile de savoir la bonne manière d’agir. Le Coran et la Sunna renferment de nombreuses contradictions ou incertitudes. Et il n’y a pas de chef unique en islam (une sorte de pape comme pour l’Église catholique) pour expliquer ce qui doit être fait ou non, pour guider les croyants. Par exemple, selon certaines doctrines musulmanes, l’alcool est interdit. Pour d’autres, il est permis si le buveur ne s’enivre pas.

Les grandes familles de l’islam

Les deux grandes familles de l’islam sont le sunnisme et le chiisme. L’apparition de ces deux courants est le résultat d’un désaccord politique sur la succession califale en 658. Avec le temps, des divergences doctrinales sont apparues en raison des influences extérieures notamment.

Les sunnites sont divisés en quatre écoles juridiques. Leurs différences se fondent sur l’interprétation de certains versets et, de ce fait, sur les règles de comportement du bon musulman. Les chiites sont divisés en plusieurs branches (duodécimains, kharijite, ibadites, druzes, alaouïtes…).

On comprend donc qu’il y a plusieurs islams, tout aussi valables les uns que les autres. Ce qui explique la complexité des situations actuelles.

 

 

 Actuailes n° 62 – 11 janvier 2017

 

 

 

 

 

 




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