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Du Levant à l’Occident

28-05-2015 à 05:52:10

 Du Levant à l’Occident

« Il est bon de se coucher loin du monde vers Dieu, pour se lever en Lui ». C’est ainsi qu’Ignace, évêque d’Antioche au Ier siècle de notre ère, décrit son itinéraire géographique et spirituel. Géographique, car le saint évêque, arrêté par les soldats de l’empereur, est transporté d’Antioche à Rome, de l’Orient à l’Occident. Ignace, en gagnant l’Occident, le lieu où se couche le soleil, pour aller mourir sous la dent des bêtes, va aussi se coucher du sommeil éternel. Mais son itinéraire est aussi spirituel, car en se couchant à l’Occident pour témoigner du nom de Jésus-Christ, il sait qu’il va revivre dans le Christ, notre Orient, le Soleil de Justice, et ressusciter en Lui.

Vers l’Orient, car cet évêque nous transporte dans les premiers temps de la diffusion de l’Évangile. Ignace a connu saint Pierre, il sera son deuxième successeur sur le siège primatial d’Antioche. L’Antioche d’aujourd’hui, à la charnière entre la Turquie et la Syrie actuelle n’est plus ce qu’elle fut. Ier siècle, avec Alexandrie, elle constituait dans l’Empire romain la grande métropole orientale. Cet Orient, si proche de nous par le cœur et l’esprit, fut le berceau de notre manière de vivre et de penser, le vivre et le penser en Jésus-Christ. Souvenez-vous de ce que nous disent les Actes des Apôtres (11, 26) : « C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de “chrétiens” ».

Vers la mort ensuite, car l’essentiel de ce que nous savons d’Ignace nous est transmis par les sept lettres qu’il écrivit sur la route d’Orient en Occident, de la naissance à la mort de la Lumière, entouré de gardiens, car Ignace est condamné aux bêtes. Ces lettres, écrites à l’encre de feu, sont le testament spirituel d’un homme qui marche vers la mort. Mais cette marche vers la mort se transforme en cortège triomphal, quand les chrétiens des cités traversées par l’escorte viennent soulager, encourager, féliciter le saint évêque. Ignace, comme saint Étienne avant lui, ou Polycarpe, après lui, a le regard de la foi rendu perçant par la perspective de la mort. Pourquoi cet enthousiasme dans cette marche au supplice ? « C’est Lui que je cherche, ce Jésus qui est mort pour nous ! C’est Lui que je veux, Lui qui est ressuscité à cause de nous. »

Vers le Christ enfin, car de ces pages écrites malgré l’inconfort du voyage et le désagrément de la cohorte qui le maltraite en le conduisant s’exhale un parfum extraordinaire : Ignace suinte, déborde du Christ qui vit en lui ! Et si le Christ vit en lui, c’est qu’Ignace vit pour le Christ, et que pour Lui. Pourquoi croyez-vous qu’il fut arrêté ? Est-ce pour avoir tourné en ridicule les païens, est-ce pour les avoir caricaturés ? Non. « De Syrie, raconte l’historien Eusèbe de Césarée, Ignace fut envoyé à Rome pour être livré en pâture aux bêtes sauvages à cause du témoignage qu’il avait rendu au Christ » (Histoire ecclésiastique, livre III, chapitre 36). Le Christ est notre vie, car, comme Dieu, Il donne la vie, et, comme Sauveur, Il la restaure : « Il n’y a qu’un seul médecin, à la fois chair et esprit, engendré et non engendré, Dieu fait chair, vraie vie au sein de la mort, né de Marie et de Dieu, d’abord passible et maintenant impassible : Jésus-Christ, notre Seigneur » (Lettre d’Ignace d'Antioche aux Éphésiens 2, 2).

Ignace, cet homme de l’Orient, par sa marche vers la mort, nous montre la voie vers Jésus. Mais pour lui, comme pour nous, Jésus est la Voie, le Chemin. Où nous conduit ce chemin ? Ignace nous le dit dans sa Lettre aux Romains (VII, 2) : « Mes passions terrestres ont été crucifiées, et il n’existe plus en moi de feu pour la matière, il n’y a plus qu’une “eau vive” qui murmure au-dedans de moi et me dit : “Viens vers le Père !” ».




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