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Europe et Turquie : coup de froid

Europe et Turquie : coup de froid

22-03-2017 à 07:09:57

Le 11 mars, les autorités des Pays-Bas ont empêché un ministre turc de venir chez eux pour un meeting politique. Elles ont aussi dispersé, non sans rigueur, un rassemblement de manifestants turcs ou hollando-turcs qui s’étaient rassemblés à Rotterdam (une ville des Pays-Bas). En réaction, le président turc Erdogan, a accusé de « nazisme » les dirigeants hollandais. En fait, le 16 avril prochain, la Turquie organisera un référendum (vote direct de l’ensemble des électeurs d’un État sur une question particulière). Or, comme la communauté turque en Europe est importante (plus de 4 millions de personnes), Ankara (capitale de la Turquie) compte sur les voix de ces électeurs.

Peu à peu, par solidarité et pour éviter tout risque de débordement sur leur territoire, d’autres pays européens ont suivi les Pays-Bas, annulant plusieurs meetings pro-turcs. Le 12 mars, le Danemark a reporté la visite d’un ministre turc à Copenhague. Même réaction pour l’Allemagne et l’Autriche.

Dans ce contexte, des responsables de l’Union européenne (UE) ont exprimé leur solidarité avec La Haye (où se trouve le gouvernement des Pays-Bas) et prié Ankara d’apaiser ses propos. En vain. Depuis, les autorités turques fulminent contre tous et s’en prennent à l’UE.

Les Turcs menacent d’annuler le pacte sur l’immigration conclu avec l’UE en 2016 et qui a permis de réduire considérablement les arrivées de migrants et de réfugiés en Europe. Selon les termes de ce pacte, la Turquie empêche les migrants de traverser ses frontières pour aller en Europe. En échange, l’Europe est censée faciliter la délivrance de visas aux citoyens turcs. La remise en cause de ce pacte réouvrirait les vannes de l’immigration.

Cette situation ne laisse-t-elle pas songeur ? L’Europe, et donc la France, compte sur la Turquie pour fermer nos frontières que nous ne voulons pas fermer nous-mêmes…

 

Un peu d’histoire

L’empire ottoman sur lequel régna entre autres Soliman le Magnifique au XVIe siècle est l’ancêtre de l’actuelle Turquie. Cet empire fut partagé en 1920 par le traité de Sèvres et les territoires créés furent placés sous l’autorité de la France et de la Grande-Bretagne. Le premier président de la jeune république turque, Mustafa Kemal Atatürk, mena une guerre jusqu’en 1923 pour récupérer les territoires perdus.

 

Des relations compliquées avec l’Europe continentale

Tiraillée du fait de sa position géographique cruciale entre l’Europe et le monde arabe, la résurgence d’une rigueur religieuse et une certaine instabilité politique liée à de nombreux coups d’état l’éloignèrent du vieux Continent.

Alors qu’elle se montre proche de l’Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie rejoint les Alliés très tardivement, en février 1945. Elle occupe ensuite une place stratégique dans la lutte contre le communisme, par sa proximité géographique avec l’URSS et par sa capacité à contrôler les détroits, donc à gêner la flotte russe pour rejoindre la Méditerranée.  Durant la seconde partie du XXe siècle, la Turquie signe de nombreux traités de coopération avec l’Europe et se porte candidate dès 1963 à une entrée dans la communauté économique européenne. De nombreux Turcs émigrent en Europe, et plus particulièrement en Allemagne. Toutefois, les relations avec l’Europe restent marquées par une certaine instabilité, due encore aux nombreux coups d’Etat de militaires turcs, au souvenir douloureux du génocide arménien ou aux tensions régulières avec la Grèce.

 

L’arrivée au pouvoir en 2002 du parti AKP, alliant libéralisme économique et valeurs traditionnelles de l’islam sunnite, infléchit les aspirations européennes de la Turquie au profit du monde arabe sunnite.

Lié à l’Europe par un accord signé, il y a un an, pour limiter les flux migratoires en provenance du Moyen-Orient et en particulier de Syrie, le président Recep Tayyip Erdogan, élu en 2014, a récemment employé des mots très durs, accusant Mme Merkel et le président néerlandais de pratiques nazies en raison du refus d’accès que se sont vu opposer ses ministres.

 

Karl-Wilhelm von Lüneth et Diogène

 

Actuailes n° 66 – 22 mars 2017

 

 

 

 




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