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Les militaires lassés de l’opération Sentinelle ?

Les militaires lassés de l’opération Sentinelle ?

04-10-2016 à 20:59:55

Plusieurs médias relatent depuis quelques semaines la lassitude des militaires qui se sont engagés dans l’opération Sentinelle. Plusieurs d’entre eux auraient quitté l’armée pour cette raison. Qu’en est-il ?

 

Pourquoi Sentinelle ?

Cette mission, née après les attentats terroristes de janvier 2015, consiste à monter la garde devant des bâtiments publics (ministères, gares, aéroports…), des lieux de culte juifs, musulmans ou catho-liques, voire certaines écoles juives. En effet, dans l’état d’urgence où se trouvait notre pays frappé par des actes de guerre, recourir à l’armée était l’ultime recours pour prévenir de nouveaux attentats. Au total, il y a eu, depuis les attentats de Charlie Hebdo, jusqu’à 10 000 soldats mobilisés sur tout le territoire national pour assurer la sécurité de leurs compatriotes.

 

Comment se passe l’opération Sentinelle ?

Pendant de longs mois, cette mission était statique, c’est-à-dire que les militaires devaient rester devant les bâtiments qu’ils sécurisaient, comme des vigiles devant un supermarché. Depuis peu, ils peuvent désormais patrouiller en ville pour discuter avec les habitants, recueillir des informations sur de possibles menaces, empruntant des itinéraires imprévisibles. Cependant, les conditions de logement et de vie sont souvent difficiles par endroit, ce qu’apparemment les militaires accepteraient facilement lorsqu’ils sont en opération dans un autre pays, mais nettement moins bien alors qu’ils sont à quelques kilomètres de chez eux.

De plus, les militaires sont accueillis très différemment selon les villes et les quartiers : ils peuvent connaître de l’indifférence dans les gares, de l’hostilité dans certains quartiers ou au contraire être choyés devant les écoles. Plusieurs soldats ont même pris des kilos en raison de nombreux plats apportés par certaines familles, tandis que d’autres se faisaient injurier ou menacer.

Par ailleurs, les soldats participent à l’opération Sentinelle plusieurs fois dans l’année : l’été dernier, après l’attaque terroriste de Nice le 14 juillet 2016, certains ont même dû interrompre leurs permissions (c’est-à-dire leurs vacances) pour participer à cette mission.

Les articles de presse disent encore que les militaires ont l’impression de ne pas faire ce pour quoi ils se sont engagés dans l’armée : leur mission est de défendre le territoire national et leurs compatriotes, or ils ont le sentiment de se substituer à des policiers ou à des agents de sécurité. Dans le même temps, ils n’ont plus le temps de s’entraîner convenablement et commencent à perdre des savoir-faire et compétences qu’ils avaient acquis en faisant la guerre en Afghanistan et au Mali.

Tous ces éléments cumulés contribueraient à les démotiver. Certains démissionnent et changent de métier, car ils sont extrêmement déçus de ce qu’ils ont vécu. La mission du soldat consiste à remplir toutes les missions, mêmes les plus ingrates, lorsque la sécurité des Français est remise en question. Le militaire ne vit pas forcément ce pour quoi il s’entraîne et on peut remarquer qu’il arrive à bien s’adapter. Il rêve de combat, mais on peut lui demander beaucoup d’autres choses. Dans un roman célèbre, Le Désert des Tartares, l’auteur, Dino Buzzati, raconte l’histoire de soldats rêvant de gloire au combat devant un désert vide… Le soldat a aussi besoin de voir du sens à sa mission et parfois l’opération Sentinelle ne semble pas adaptée à la situation.

Conscient de ces problèmes, le ministère de la Défense a décidé d’augmenter les primes (c’est-à-dire de l’argent) des soldats participant à l’opération Sentinelle. De plus, l’augmentation du nombre de soldats en 2015 et 2016 devraient permettre une meilleure répartition des militaires pour remplir cette mission. Ils pourront enfin s’entraîner à nouveau correctement pour défendre notre pays.

Enfin, il ne faut pas oublier que les soldats combattent le même ennemi, que ce soit en Syrie, en Irak ou sur le territoire national.

 

 

Actuailes numéro 57 du 5 octobre 2016

 

 

 

 




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