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Lutter contre le gaspillage : pourquoi ?

Lutter contre le gaspillage : pourquoi ?

31-05-2015 à 23:23:56

Lutter contre le gaspillage : pourquoi ?

 

L’Assemblée nationale a voté le 21 mai 2015 des mesures contre le gaspillage alimentaire. La loi a été votée à l’unanimité ce qui signifie que le gaspillage, à première vue, est un objet de scandale pour tous. Encore faut-il regarder les choses de près et réfléchir au concept de gaspillage.

Que prévoit la loi ?
Les plus gros supermarchés auront désormais :

l’interdiction de jeter les invendus alimentaires ;

l’obligation de conclure une convention avec une association caritative afin de faciliter les dons, ou d’organiser leur recyclage vers des usages en alimentation animale ou en compost pour l’agriculture.

Les problèmes non résolus par la loi
Qui va organiser la collecte des produits à récupérer ? Qui va la financer, les supermarchés ou les bénévoles des associations de charité ?
Les supermarchés protestent en disant qu'ils ne sont à l’origine que de 5 % du gaspillage alimentaire, puisque chaque Français jette en moyenne vingt à trente kilos de nourriture par an, ce qui représente 12 à 20 milliards d’euros/an.
Faut-il mettre en place une « grande agence » pour fédérer toutes les initiatives ?
Est-on sûr que le coût de la collecte ne sera pas supérieur à la valeur des marchandises récupérées ?

Et si cette loi cachait une autre philosophie ?
Cette loi entretient l'idée que la planète ne pourrait pas nourrir 9 milliards d’habitants dans quelques années. Il faudrait mettre en œuvre des procédures de lutte contre le gaspillage pour y parvenir. Or cette dialectique est fausse. Même avec les erreurs actuelles, la planète a des ressources inimaginables. Une étude appelée « Agrimonde » énonce clairement qu’il est parfaitement possible de nourrir 9 milliards d’habitants, même en prenant en compte les questions environnementales. C’est en entretenant cette peur de pénurie alimentaire qu’on en arrive à recommander des programmes de réduction de population dans les pays les plus pauvres.

Les grands gaspillages dont on ne parle pas

– La mauvaise herbe
L’ONU a fait le constat du caractère indispensable des pesticides. « Les mauvaises herbes sont l’ennemi naturel numéro un des agriculteurs »Elles sont la cause de la perte de centaines de millions de tonnes de production agricole.
– Les pertes en logistique dans les pays pauvres 
Une fois la récolte faite, il faut amener les produits agricoles sur les lieux de consommation. Il faut les stocker et les transporter. Or, dans les pays les plus pauvres, les pratiques logistiques ne permettent pas de préserver correctement la qualité alimentaire des produits. C’est une source énorme de gaspillage.

– Ne pas exploiter correctement la nature : un gaspillage !
Le gaspillage intellectuel
Une des principales ressources à ne pas gaspiller, c’est la capacité créative de l’homme. Ne pas faire fructifier son intelligence pour mettre en œuvre des techniques innovantes pour produire plus et mieux est une forme de gaspillage. Un exemple de frein à l’innovation consiste à mettre sans cesse en avant le principe de précaution sous prétexte qu’il y a des risques. Ce principe n’a rien à voir avec le principe de prudence qui permet de peser les avantages et inconvénients d’une innovation.

Le gaspillage financier
Une autre ressource limitée est celle provenant de l’épargne des citoyens. Or, il y a une forme de gaspillage financier qui consiste à se tromper d’investissement. En effet, ces erreurs empêchent de financer d‛autres projets qui pourraient être plus utiles.

Le recyclage lui-même
La réduction du gaspillage peut, elle aussi, avoir un coût anti-économique.

La collecte des déchets, par exemple pour les réutiliser dans l’alimentation du bétail, a un coût quelquefois supérieur à celui du blé lui-même.

La mise à disposition, dans le commerce, d'emballages de petite taille, permet de réduire le gaspillage en adaptant l’offre aux besoins de familles peu nombreuses. Mais les petits emballages coûtent chers.

Les emballages contribuent à l’augmentation des déchets chez les ménages, mais ils ont permis des progrès considérables en matière de conservation et de sécurité alimentaire en limitant, par exemple, les risques d’intoxication bactérienne. La santé a un coût.

Il ne s’agit pas, c’est évident, de faire l’éloge du gaspillage. Mais il ne faut pas s’indigner trop vite : au nom d’impératifs moraux, on ne prend pas toujours la mesure des vrais défis économiques à relever.

Lutter contre le gaspillage : une valeur spirituelle
Si la loi a été votée à l’unanimité, c’est bien parce que, intuitivement, chacun a bien le sentiment que le gaspillage est un objet de scandale.
Malheureusement, la loi n’a pas vocation à insister sur la dimension spirituelle d’une lutte personnelle contre le gaspillage. Beaucoup de religions prennent un temps de restriction de consommation, que ce soient les chrétiens pendant le carême ou les musulmans pendant le ramadan
Mais la simplicité, l’ascèse et la frugalité, pratiquées par les religieux, ont pour objectif de permettre à chacun de rejoindre Dieu, et non pas de consommer moins pour épargner la planète. Certes, l’épreuve du manque incite chacun à partager avec les affamés de pain, de justice et de paix. Certes l’ascèse est un chemin de liberté, mais elle n’a pas pour but d’entretenir chez nous la peur du lendemain ni de retarder une apocalypse pour la planète. 
Faute d’avoir compris cela, on risque bien des confusions, et les appels à lutter contre le gaspillage n’auront pas l’efficacité attendue.

Conclusion

Toute réflexion sur le gaspillage gagnerait à intégrer à la fois :

une dimension économique : lutter contre le gaspillage a toujours un coût. Or, les financements, eux aussi, sont rares et ne doivent pas être gaspillés ;

une dimension sociale qui renvoie à la question de la solidarité directe ou indirecte ;

une dimension spirituelle : la frugalité nous aide à nous rapprocher de Dieu.

Stanislas de Larminat

Pour aller plus loin, cliquer ici ou sur  http://jeunes12.les2ailes.com.

Mots compliqués

Dialectique
 : du grec dia qui signifie « en divisant », et legein « parler ». Dans le langage courant, la dialectique désigne l’art de la discussion et de l’argumentation, c’est-à-dire les méthodes mises en œuvre en vue de démontrer, réfuter, convaincre.

Penurie
 : du latin penuria (« manque de vivres, disette »). Le mot décrit une situation dans laquelle une population manque, de manière généralisée, de quelque chose.

Logistique : du grec ancien logistês (« celui qui calcule »). La logistique est l’art de calculer et d’administrer. En économie, la logistique s’occupe de tout ce qui circule : les transports, le stockage.

Ramadan
 de l’arabe ramaḍān qui est le neuvième mois de l’année pour les musulmans. Les fidèles le consacre à un jeûne de l’aube à la tombée de la nuit.

Ascèse : du grec askêsis (« exercice, entraînement »). Dans le langage courant, il s’agit, généralement, d’un entraînement à se priver de quelque chose comme la nourriture. cette discipline peut répondre à des mesures d’hygiène ou à des préoccupations religieuses.

Frugalité : du latin frugalis qui est un mot qui a plusieurs sens relatifs aux moissons (« sobre, modéré, rangé »). La frugalité est donc une vertu que l’on attribue à une personne qui vit en se contentant de peu de choses, consomme modérément et avec sobriété.




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