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Tenir un bureau de vote

Tenir un bureau de vote

08-06-2017 à 18:05:16

En quoi consiste la présidence d’un bureau de vote ? Suivons Valérie d’Aubigny, conseillère municipale à Versailles  qui nous fait partager son expérience au service de sa ville.

 

En 2017, les scrutins se succèdent depuis le premier tour des présidentielles. Pour éviter les fraudes et accompagner au mieux l’organisation des élections, des milliers d’employés municipaux, préfectoraux ainsi que du ministère de l’Intérieur sont sur le pied de guerre.

Passons sur les tonnes de papier nécessaires à l’impression des bulletins de vote, des professions de foi et des centaines de milliers de formulaires sur lesquels sont reportés les résultats en double exemplaire… Un jour viendra où tout cela paraîtra bien archaïque et peu écologique. D’autant plus que, vous l’aurez remarqué, la majeure partie des documents reçus à domicile atterrissent dans la corbeille à papier sans être lus. Ce sont les impôts des Français qui paient cela, car les frais de campagne des candidats sont remboursés si leur résultat dépasse 5 %.

Sachez que certains candidats proposent à leurs électeurs de télécharger et imprimer eux-mêmes les bulletins, ceux de l’Alliance royale par exemple. Peut-être un pas vers une solution d’avenir ? Le vote électronique a déjà été expérimenté mais la décision de le généraliser n’a pas été prise. Ce n’est pas mûr…

En attendant, voici ce qui m’est demandé en tant que conseillère municipale de Versailles, ville moyenne située en Île-de-France qui compte 90 000 habitants et 41 bureaux de vote. Comme présidente de bureau, je m’engage à organiser toutes les opérations de vote dans les règles établies par le Code électoral. Pour cela, je constitue une équipe d’électeurs qui vont se succéder tout au long de la journée : je dois toujours être assistée d’un assesseur titulaire et peux être remplacée par un vice-président quelques heures. Si le bureau comporte beaucoup d’inscrits (cela peut aller jusqu’à 1800 dans ma ville), je prévois deux assesseurs toujours présents à la table de vote.

Accompagnant vos parents, vous aurez peut-être vu aussi dès votre entrée dans le local, école, salle municipale ou mairie, un ou deux employés administratifs qui remettent une enveloppe et une seule à chaque électeur après avoir vérifié son identité. Les enveloppes sont de couleur différente à chaque scrutin mais stockées et réutilisées.

Munis des bulletins d’au moins deux candidats, l’électeur se rend dans l’isoloir. À l’abri des regards, ce qui est obligatoire, il glisse le bulletin de son choix dans l’enveloppe sans la cacheter puis se rend devant le Président qui s’assure une nouvelle fois de son identité et de son inscription sur les listes électorales.

Les procurations sont minutieusement vérifiées : une par personne. Si toutes les conditions sont réunies, j’autorise la personne à glisser son enveloppe dans l’urne sans jamais la toucher moi-même, puis proclamant à haute voix : « A voté ! » Je tamponne la carte d’électeur avec la date du scrutin. Je rends sa carte d’identité à l’électeur après qu’il a signé la liste d’émargement à son nom, en général à l’envers car il serait trop long de le retourner pour chaque personne !

Le soir, à la fermeture du bureau – 20h à Versailles, plus tôt dans d’autres villes –, j’accueille les scrutateurs recrutés tout au long de la journée parmi les votants : « Voulez-vous venir dépouiller ce soir ? » Assis quatre par table, autant de tables que d’isoloirs, ils vont décompter les votes, se contrôlant les uns les autres, et reporter les résultats dans les cases prévues par la Préfecture. Signés, contresignés, ces documents seront rapportés dans la soirée à la mairie d’abord où tout est pointé pour éviter les erreurs et donc de fâcheuses annulations, puis à la Préfecture où tout est à nouveau contrôlé. Il ne reste plus au ministère de l’Intérieur qu’à publier les résultats.

Et l’urne, me direz-vous ? Objet essentiel, elle est cubique et transparente. Quand j’arrive le matin à 7h30 au bureau de vote, je la ferme avec deux clés différentes, l’une reste en ma possession, l’autre est remise à l’assesseur titulaire le plus âgé. Vous imaginez bien que toute possibilité de changements de bulletins de vote en cours de journée est à exclure.

Le soir, pour entamer le dépouillement, l’urne est ouverte devant les témoins et les enveloppes comptées.

Ensuite, je la rapporte dans ma voiture jusqu’à la mairie… Il est parfois 23h, journée bien remplie au service de mon pays. Il ne me reste plus qu’à écouter les résultats nationaux en comparant l’adéquation ou le décalage avec les résultats de « mon » bureau de vote.

 

Valérie d’Aubigny

 

Actuailes n° 71 – 8 juin  2017

 

 




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