facebook logo Twitter logo

facebook logo Twitter logo

Logo Header
Télécharger dernier numéro
Bien-être animal, bien-être des insectes : sensiblerie ou raison ?(20/05/2015)

Bien-être animal, bien-être des insectes : sensiblerie ou raison ?(20/05/2015)

17-05-2015 à 23:07:41

Bien-être animal, bien-être des insectes... : sensiblerie ou raison ?

Dans le numéro 30 d’Actuailes, on évoquait la sensibilité des animaux qui pouvaient justifier une modification du code civil. Mais la conclusion qui en ressortait était un appel à la vigilance pour éviter de multiples dérives. Abordons aujourd’hui la question du « bien-être animal ». En effet, un avis, publié le 9 avril 2015, par l’Autorité française de sécurité des aliments (Anses) aborde la question de la « valorisation des insectes dans l’alimentation » et pose la question du « bien-être des insectes aux différents stades de l’élevage ». Voilà une information surprenante qui mérite qu’on y réfléchisse.

 

Les insectes dans l’alimentation humaine

L’entomophagie est le nom donné à une habitude alimentaire consistant à manger des insectes. Cette possibilité était déjà citée dans la Bible : Moïse, par exemple, indique les insectes que l’homme peut manger : « Vous mangerez ceux qui ont des jambes au-dessus de leurs pieds, pour sauter sur la terre : les diverses espèces de sauterelles, de criquets, de grillons et de locustes, selon leurs espèces » (Lévitique 11, 21-22). Dans le Nouveau Testament, Jean-Baptiste survit en mangeant les sauterelles et le miel du désert.

On estime aujourd’hui à plus de 2 milliards le nombre de personnes qui, dans les pays tropicaux du Mexique, de l’Afrique, de l’Asie ou de l’Australie, mangent des insectes régulièrement. On parle de plus de 1 900 espèces d’insectes consommables par l’homme.

L’Organisation des nations unies estime même que « les insectes constituent une source majeure et facilement accessible d’aliments nutritifs et riches en protéines ».

 

Les insectes dans l’alimentation animale

On estime que l’utilisation de céréales pour l’alimentation du bétail a atteint environ 340 millions de tonnes, soit environ 23 % de l’utilisation totale. Certains estiment que cette proportion de céréales utilisées pour l’alimentation animale dans les pays en développement pourrait être une cause de la sous-alimentation, car ces quantités pourraient être utilisées pour l’alimentation directe des pauvres. Le problème est probablement plus compliqué à analyser et il y a lieu de penser qu’il s’agit là de situations très particulières plutôt que de la règle. Mais, on peut tout de même se demander pourquoi ne pas nourrir avec des insectes, au moins partiellement, les élevages de bœufs, de porcs ou de volailles.

Certains ne veulent pas en entendre parler estimant que l’homme a été créé végétarien.

D’autres sont déjà très émus à l’idée que l’homme puisse manger des insectes. Ils le sont encore plus à l’idée de donner à manger des animaux à d’autres animaux. Ils vont jusqu’à parler de cannibalisme comme lorsque l’homme mange de la chair humaine !

 

Quand doit-on se soucier de « bien-être animal » ?

Par leur simple existence, les animaux sont une bénédiction pour l’homme. Aussi les hommes leur doivent-ils bienveillance. Les animaux sont en quelque sorte confiés à la gérance de l’homme. Il est donc bien de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. Mais il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. On peut enfin trouver du plaisir à vivre avec des animaux, mais on doit éviter de leur porter des sentiments d’affection, c’est-à-dire d’amour, qu’on doit aux seules personnes humaines. C’est ce qu’on appelle le risque de l’anthropomorphisme.

Le risque de l’anthropomorphisme

L’anthropomorphisme est une philosophie consistant à attribuer des caractéristiques du comportement humain à d’autres entités comme des dieux, des animaux, des objets, des phénomènes, voire des idées.

Par exemple, on ne peut pas dire d’un animal qu’il « aime » son maître. Il a des instincts qui le poussent à s’approcher de lui parce qu’il a fait l’expérience instinctive que son maître contribue, par des caresses ou par de la nourriture, à satisfaire ses instincts de recherche d’une sensibilité de bien-être.

On ne peut pas, non plus, dire qu’une vache a un regard « triste ». Elle a une sensibilité, mais pas de sentiments.

On peut aussi rêver d’être un oiseau, car l’homme, comme Icare, rêve de voler.

Dans le cas de l’insecte, on ne voit pas bien comment un insecte pourrait avoir des sentiments ressemblant à ceux de l’homme, ni comment ils pourraient inspirer des sentiments humains tels qu’on puisse parler de « bien-être » des insectes.

 

Conclusion

Accepter le « bien-être » pour son chien et le refuser à des insectes est bien la preuve que nous devons nous méfier de nos impressions. Elles peuvent nous tromper sur ce qu’est un animal : la sensibilité d’un animal n’a rien à voir avec un sentiment. L’instinct de l’animal et l’intention d’un homme n’ont rien à voir. Confondre ces concepts relève de l’anthropomorphisme.

Ce qui est important, c’est de comprendre que tous les animaux ont une sensibilité, que ce soit le chat et le chien qui vit à la maison, la vache qui est à la ferme, ou les insectes. L’homme doit avoir les mêmes comportements avec les animaux.

Faire souffrir un animal peut ne pas avoir de conséquences morales. Par exemple, quand je marche, il peut m’arriver d’écraser une coccinelle, et elle en aura souffert au point d’en mourir. Cela ne porte pas à grande conséquence morale. En revanche, si j’attrape la même coccinelle et que je m’amuse à lui arracher les pattes, elle en éprouvera également une souffrance.

Paradoxalement, si j’éprouve du plaisir à cette dissection, c’est probablement à moi-même que je ferai le plus grand tort, plus qu’à la coccinelle elle-même. En effet, si j’éprouve de la satisfaction à voir souffrir un animal, j’endurcis ma propre sensibilité et je serai ensuite moins capable de compassion vis-à-vis de la souffrance de mes proches.

Stanislas de Larminat

Pour aller plus loin, cliquer ici. Ou sur http://jeunes09.les2ailes.com

 

Mots compliqués

Entomophagie : Mot composé d’un préfixe entomo- (venant du grec ancien éntoma, « insectes ») et d’un suffixe -phage (venant du grec ancien phágos « mangeur »). Le mot est donné à ceux qui mangent des insectes.

Locuste : Ce terme dérive du latin locusta « sauterelle, langouste ». Locuste est un nom usuel ambigu désignant en français plusieurs espèces de criquets.

 

Cannibalisme : Le terme cannibale provient du mot caniba ou cariba utilisé par une population d’indiens, les Taïnos, que Christophe Colomb a rencontrés lors de son premier séjour sur une île des Caraïbes. Il désignait alors, selon Christophe Colomb, les redoutables populations de l’est de l’île qui combattaient les autres peuples indigènes et mangeaient leurs victimes.

 

Gérance : Du latin gerere, qui a de nombreux sens, mais dont l’un d’eux signifie « produire, enfanter, conduire, exécuter, mener ». Le gérant est celui qui gère, et la gérance est l’acte de gérer.

 

Anthropomorphisme : Vient de deux mots du grec ancien anthrôpos (« être humain ») et morphé (« forme »). Il s’agit d’une philosophie consistant à concevoir les divinités ou les animaux à l’image des hommes et à leur prêter de ce fait des comportements ou des sentiments humains.

 

Icare : Dans la mythologie grecque, Icare (en grec ancien Ikaros) est le fils de l’architecte athénien Dédale et d’une esclave crétoise. Il est connu principalement pour être mort après avoir volé trop près du Soleil alors qu’il s’échappait du labyrinthe avec des ailes de cire créées par son père. On parle du « rêve d’Icare », comme étant celui de l’homme de vouloir voler comme un oiseau




Imprimer