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Égypte : une démocratie forcée ?

Égypte : une démocratie forcée ?

04-04-2018 à 07:24:52

Abdel Fattah al-SissiAbdel Fattah al-Sissi

Sans surprise, l’actuel président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a été réélu à la tête du pays avec plus de 90 % des voix. Il est difficile de mettre ces résultats sur le compte de la seule popularité de Sissi.

 

Premièrement, il n’avait pas de réel concurrent. Les seuls candidats potentiellement crédibles avaient été auparavant soit fortement dissuadés par les services de l’État, soit mis en prison. Craignant de n’avoir aucun concurrent et d’être ainsi taxé de « dictateur », Sissi avait incité l’un de ses partisans, Moussa Mostafa Moussa de présenter sa candidature. Cette dernière ne présentait aucun danger puisque Moussa Mostafa Moussa est un grand inconnu des électeurs égyptiens. Et, en effet, il a remporté moins de 5 % des voix.

Deuxièmement, seul le président Sissi avait pu mener une campagne électorale. Les rues du Caire et des autres grandes villes étaient couvertes de portraits de Sissi et de slogans ventant ses mérites et son action. Moussa Mostafa Moussa ayant présenté sa candidature au dernier instant, sa campagne avait été courte et sans ampleur.

Dans ce contexte de « démocratie de façade », peu d’Égyptiens se sont rendus dans les bureaux de vote. Le taux de participation avoisine les 40 %. Pour eux, quel intérêt y avait-il à se rendre aux urnes sachant que le résultat était couru d’avance ? Alors, pour attirer la population, certains bureaux de vote distribuaient des repas gratuits. Le gouvernement avait menacé d’une amende les Égyptiens qui n’iraient pas voter. Par ailleurs, tandis que les bureaux de vote étaient ouverts, la télévision d’État et les haut-parleurs disséminés dans les rues diffusaient des chants patriotiques pour inciter les Égyptiens à faire leur devoir de citoyens. En vain, les taux de participation ne sont pas ceux qu’espérait le président Sissi.

Comme quoi, en dépit de ce qu’en avait dit Jean-Jacques Rousseau en son temps, on ne peut pas forcer les gens à être libres.

 

Abu Nuwas

 

Actuailes n° 83 – 4 avril 2018

 

 

 




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